Aucun écolier ne pouvait l’ignorer du temps qu’on enseignait aux petits Français l’histoire de leur pays : c’est bien à Poitiers, ou dans les environs de Poitiers, que, le 25 octobre 732, Charles Martel infligea une sévère défaite à l’émir Abd er Rahman, gouverneur d’Al Andalous, mettant ainsi un coup d’arrêt décisif à l’expansion armée de l’ en Europe occidentale.

Aussi bien n’est-ce pas en tant que wali dépêché par un quelconque calife mais comme sous-préfet de Montmorillon (Vienne), que Rachid Kaci, fils français d’un balayeur algérien immigré en 1955, et naguère fondateur et président de France Plus s’est rendu avant-hier à Poitiers pour y rappeler à qui de droit que la République française, laïque, garantit à chacun le libre exercice de son culte. La raison en était le glorieux fait d’armes perpétré par soixante-treize militants de : l’occupation du chantier désert d’une mosquée en construction.

Après Charles Martel, Kevin Marteau ? Les émules contemporains du maire du Palais, autoproclamés défenseurs de l’identité nationale, ont mal choisi leur cible. Quoi qu’ait pu en dire le Premier ministre turc, Recep Tayib Erdogan, un jour qu’il avait sans doute forcé sur le raki, une mosquée n’est pas une caserne, les minarets ne sont pas des missiles. Un fidèle prosterné n’est pas un taliban, un tapis de prière n’est pas une piste d’envol de chasseurs-bombardiers, le prêche d’un imam n’est pas un appel à la guerre sainte, une paire de babouches n’a jamais explosé à la figure de personne, il ne faut pas prendre tous les enfants du Bon Dieu pour des connards sauvages.

Les identitaires préfèreraient-ils qu’en France, faute de lieux de culte, se multiplient les prières de rues ?

Leur est-il venu une fois à l’esprit que si l’ était restée française, ce ne sont pas six millions de musulmans mais quarante qui seraient aujourd’hui nos concitoyens, et que l’on buterait à chaque carrefour, des deux côtés de la Méditerranée, sur une mosquée ? Ont-ils un instant songé, ces haineux sans cervelle, que leur action fournit l’ombre du début du prétexte d’une justification à tous ces pays, de par le monde, où les églises sont désaffectées, les cimetières profanés, le prosélytisme interdit, les chrétiens intimidés, persécutés, assassinés ? Croient-ils prouver par leur geste la supériorité de notre civilisation sur celles qui boycottent, censurent, interdisent, répriment tout ce qui n’y relève pas d’une religion bornée et défigurée par ses adeptes mêmes ?

On peut regretter l’ de la France, s’en inquiéter, vouloir la contrôler, la limiter, la juguler, mais pas n’importe comment.

Les occasions pourtant ne manquent pas, ni les causes qui valent un engagement. Que les braves qui viennent de s’illustrer à Poitiers aillent par exemple proposer leurs services à Salman Rushdie ! Qu’ils montent la garde autour des locaux de Charlie hebdo ! Qu’ils se portent volontaires pour combattre au Nord-Mali !

Mais j’y songe. Peut-être le seul but de ce que son organisateur a défini comme une opération de communication était-il de faire valoir par contraste à quel point le parti de Marine Le Pen, dont tant de belles âmes ont tant de fois demandé la dissolution, est finalement modéré dans son discours, démocratique dans ses méthodes et convivial dans sa pratique.

La démonstration, de ce point de vue, est exemplaire : il y a plus à que le Front national.

22 octobre 2012

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