Le dessin de Plantu a fait la une du Monde daté du 8 août. Divisé en deux, on y voit sur la gauche la caricature du footballeur Paul Pogba avec, en arrière-plan, une cage de gardien de but, une étiquette « Bien » et au-dessus un smiley tout souriant. La légende du dessin se passe de commentaire : « Paul Pogba : 120 millions d’euros. » À trône la caricature de Carlos Ghosn (patron de Renault-Nissan), flanquée d’une voiture, de l’étiquette « Pas bien » et un smiley très en colère. La légende ? « Carlos Ghosn : 7,2 millions d’euros. »

Le dessinateur Plantu a bien résumé, en quelques traits, l’inversion des valeurs qui préside aujourd’hui notre société : « panem et circenses », comme il en a été question dans un récent article.

En réalité, le footballeur français Paul Pogba rejoint le club anglais de Manchester United pour la somme de 105 millions d’euros, hors bonus, hors primes de matchs... Plus de 100 millions d’euros en cinq ans, cela fait plus de 20 millions d’euros par an, soit plus de 1,6 million d’euros par mois ! Par souci de vérité, Plantu aurait dû inclure la rémunération de Carlos Ghosn, qui touche un autre salaire de Nissan (équivalent à celui de Renault), ce qui le situe donc à un niveau presque identique à celui de Pogba. Qu’importe.

Faisons la part des choses. Certes, la carrière professionnelle des joueurs de est courte : une quinzaine d’années en moyenne au plus haut niveau. Cependant, ils sont payés des sommes astronomiques pour courir après un simple ballon. Le sport est devenu un business et le "sportainement" une véritable industrie, une machine à faire rêver et à consommer. Oui, il faut bien faire rêver le péquin moyen, lui faire oublier son quotidien, le divertir. Qu’importent le score et la performance.

La responsabilité d’un patron est autrement plus engageante : décrocher des marchés, innover, se développer, lutter contre la concurrence, maintenir la croissance de son outil de travail, payer ses employés… Le combat est tout autre.

Surtout, personne ne trouve à redire sur cette « vente » mirobolante de Pogba. Elle ne choque personne. Au contraire, elle fait la une des journaux, la fierté des commentateurs sportifs. On peut positiver en disant qu’un joueur français est le plus cher du monde. Ça nous fait une belle jambe.

Le pire, dans cette histoire, c’est que s’emparant du cas Carlos Ghosn, les députés ont légiféré, fin juin, dans la loi Sapin 2 pour encadrer leur rémunération. L'avis des assemblées générales sur les rémunérations des dirigeants, jusqu'à présent juste consultatif et objet d'une simple recommandation, devient désormais contraignant.

On croit rêver. Les compétences managériales, les responsabilités d’un patron sont moins reconnues et ont moins de valeur que celle d’un seul joueur de football ! Si le patron vient à flancher, à prendre une mauvaise décision, c’est toute une entreprise qui périclite. Si un joueur se blesse, aussi bon soit-il, des milliers de gens peuvent-ils se retrouver sur le carreau ?

Décidément, rien ne va plus dans ce bas monde… Reste à savoir ce que le Français moyen, celui qui gagne 2.410 euros nets par mois (salaire moyen) en pense. En tout cas, Plantu a bien résumé cette inversion des valeurs.

10 août 2016

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