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Editoriaux - Religion - Santé - Société - 27 janvier 2017

Plus notre société est moribonde, plus elle refuse la mort

J’ai évoqué, ici, il y a quelques semaines, un sujet particulièrement brûlant dans la mesure où il est propre à déchaîner des passions (un rapide coup d’œil aux réactions de certains lecteurs m’en a d’ailleurs encore apporté la preuve). Je parle de la fin de vie. De la mort. Pas de celle qu’on voudrait pouvoir donner, cette euthanasie dont l’ex-candidat Montebourg regrettait qu’elle figurât parmi les promesses non tenues de François Hollande. Non, tout simplement la mort qui vient et que toute notre société refuse – le corps médical en tête.

Notre monde est agité de toute part par de pseudo-guerres de religion qui sont, avant tout, des guerres de civilisation ; on brandit cette phrase de Malraux, sortie de son contexte et de son sens, qui annonçait un XXIe siècle religieux pour échapper au néant qui faillit nous emporter au XXe. On s’assassine au nom de rituels et de prescriptions qui ne sont que matériels et la religion n’est parfois – et de plus en plus – qu’un sujet d’affrontements et un prétexte à la conquête par la violence et la contrainte. Mais la foi, la vraie ? La spiritualité ? L’acceptation apaisée de ce qui nous échoit ? L’amour du prochain, de « l’autre comme soi-même », où est-il ?

Évidemment pas chez les plus fanatiques quand ils brandissent le glaive et lâchent leurs bombes, mais pas non plus à l’hôpital. Ni chez ceux qui refusent l’évidence pour maintenir un proche à l’état de mort vivant, le condamnant – au nom de leur foi ! – à la prison dans un corps inerte quand ils devraient le laisser aller vers ce que les anciens nommaient les champs Élysées et les chrétiens appellent le paradis.

Entre l’égoïsme aveugle de ceux qui demeurent et la toute-puissance scientiste des usines à malades, on ne peut plus mourir en paix, au sens profond du terme. On vous « ramène », coûte que coûte et vaille que vaille.

Enfin, question plus inabordable encore : celle du coût, pour la société, de cet acharnement à différer toujours la mort. J’ai longuement discuté, il y a quelques années, avec une jeune femme qui suivait une formation dispensée à des professionnels de santé sur l’oncogériatrie (les cancers des personnes âgées). Les participants à cette session étaient choisis à travers toute la France, délégués chacun par l’hôpital qui les employait. Elle était la seule « non médecin », infirmière dans un service de soins palliatifs. Et de ce fait, peut-être, elle fut la seule à interpeller le groupe sur l’opportunité de traiter des patients extrêmement âgés avec des médicaments qui coûtent parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois (la Ligue contre le cancer lançait une pétition en avril dernier pour protester contre les prix « exorbitants », citant notamment le cas du Keytruda, un nouveau médicament efficace contre le mélanome – cancer de la peau –, dont le coût est estimé à plus de 100.000 euros par an et par patient). Aucun médecin ne s’était posé la question.

Quiconque fréquente un service de réanimation est amené à se poser aussi cette question. On y maintient artificiellement pendant des semaines des gens qui, si jamais on les « ramène », n’auront plus aucune autonomie et parfois, s’ils ont encore la chance de pouvoir s’exprimer, demanderont à retourner là d’où on les a arrachés. Le prix de la journée dans un service de réanimation, une unité de soins continus ou de soins intensifs est de 3.189,36 euros.

Ce papier me vaudra sans doute encore l’indignation offusquée de lecteurs bien intentionnés, mais il est écrit du fond du cœur.

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