Nous voilà bien ! Nos universités classées à la marge dans le Top 100 concocté par le Times Higher Education. Nous en avions quatre en 2013, il n’en reste plus que deux en 2014, et encore régressent-elles près de la sortie à la 71e (-Sorbonne) et 91e place (Université Pierre-et-Marie-Curie). La glorieuse École polytechnique est éjectée de ce Top 100.

Bon, faut-il s’alarmer ? Ou tenter de comprendre. Ou les deux. Le boss du classement, rédacteur en chef du magazine Times Higher Education, donne une clé : « La complexité du système français de recherche et les réformes poursuivies ne sont pas comprises par la communauté universitaire mondiale. » Bien vu.

1) Nous sommes un pays amateur de mille-feuilles : à côté des vieilles et vénérables universités, au-dessus ou ailleurs, les époques successives ont créé d’autres institutions : Écoles normales supérieures, CNRS, INSERM, EHESS, Polytechnique, École des mines et j’en passe… Toutes ces institutions ont leurs programmes de recherche, leurs budgets, leurs succès et leur gloire, avec ou sans une université devenue parfois une couverture ou un abri, une associée.

2) Et puis, et puis, et puis, il y eut la réforme de l’université post-68, et ses suites diverses, réformes de réformes. Il n’y eut plus (par exemple) l’Université de Bordeaux (fondée en 1441), mais Bordeaux I, II, III, IV, etc. Certaines viennent de se regrouper, mais d’autres demeurent « autonomes » avec un numéro dont les classements anglo-saxons se contrefichent. Recomposer des universités unitaires est souvent un casse-tête : chacune avait un président et ce qui s’ensuit. Supprimer des présidents revient, en France, à soulever des montagnes. J’exagère ? Je calomnie ? Regrouper des budgets, c’est aussi tailler dans des prérogatives symboliques.

Résultat, en dépit d’une très bonne tenue des savants français dans bien des domaines (génétique, mathématiques, histoire, relations internationales, pour ne citer que ces exemples au débotté), tous issus des universités et centres de recherche lambda, les classements anglo-saxons nous renvoient en queue de peloton. Pourtant, de nombreux chercheurs universitaires français enseignent dans les universités classées en tête (Stanford, Columbia, le MIT, etc.).

Enfin, une fois dit cela, qui pointe la « balkanisation » de notre système universitaire et de recherche, il convient aussi de refuser cette folie du classement, de la cote en bourse, du résultat quantifié, bref, de l’ère des comptables et de leurs experts. Villon, Galilée, Pythagore, Faulkner, Lorca, Pascal, Rimbaud, Baudelaire, Pasteur, Céline, Nizan, Kahn ou Frydman, on les classe comment ?

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