Pas de défilé militaire du 14 Juillet, cette année. Crise sanitaire oblige. Rien ne sera plus comme avant, on nous a dit. Donc, faut bien commencer quelque part. Alors, allons-y pour le défilé : c’est pas les militaires qui vont ouvrir leur gueule. La première armée d’Europe occidentale contrainte de se défiler à cause du virus d’importation chinoise. Tout un symbole, diront grognards, grognons et grognasses.

Cela dit, le spectacle des plus hautes autorités de l’État, des corps constitués, ambassadeurs et autres huiles, masqués dans la tribune officielle, aurait eu un côté « Au bal masqué, ohé, ohé » du meilleur aloi. Sans doute y aurait-il eu un débat sur la couleur du masque à adopter : bleu-blanc-rouge pour tout le monde, genre « je ne veux voir qu’une tête », ou ambiance fête du slip, festival de couleurs à la Sibeth Ndiaye et tout le tremblement. Un haut comité sous la présidence d’un ancien Premier ministre s’emmerdant à faire des sudoku dans sa retraite était possible. Cela dit, ne désespérons pas, c’est encore possible, vu qu’une cérémonie sera tout de même organisée place de la Concorde. Un « dispositif resserré ramené à 2.000 participants et environ 2.500 invités », a annoncé l’Élysée. Resserré ? Faudrait savoir ! Oui, mais « dans le respect des règles de distanciation sociale », toujours selon l’Élysée. Au temps pour moi.

Cette cérémonie sera tout de même militaire, si l’on a bien compris. Ce qu’on appelle une « cérémonie statique », dans le jargon milouf. Faut-il voir, dans cette « cérémonie statique », comme une sorte de compensation au nouveau concept de « plage dynamique » ? Rien ne se perd, tout se transforme, comme on dit. On imagine que dans le respect sacro-saint de cette « distanciation sociale », on alignera les soldats tous les mètre cinquante, soldats qui seront arrivés de bon matin sur place dans des cars qu’on imagine – c’est évident – remplis à seulement la moitié de leur capacité.

Comme cette cérémonie sera l’occasion de rendre hommage aux soignants, il est forcément interdit d’être contre, c’est évident. Et comme ce sera une cérémonie statique, on vous l’a dit et répété, Emmanuel Macron pourra offrir à la nation tout entière, au garde-à-vous derrière sa télé (pour l’instant, pas question d’ouvrir la cérémonie au grand public), un discours dont il a le secret. En plus du masque, prévoir des mouchoirs.

Notons ça : la dernière fois qu’il n’y a pas eu de défilé militaire le 14 juillet à Paris – avec des troupes françaises, s’entend -, c’était durant la Seconde Guerre mondiale. Faut-il, là aussi, y voir un symbole ? Mais bon, consolons-nous en nous disant que la France reste tout de même ce pays merveilleux où, en plein état d’urgence sanitaire, peuvent « défiler » plus de 20.000 manifestants « pour Adama Traoré » à la barbe des autorités. On a les défilés de la victoire qu’on mérite.

Cette année, nous ne verrons donc pas le roi de Zanzibar. Dommage. Au moins, on ne se fera pas engueuler.

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