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Editoriaux - Table - 6 mars 2016

Plus absurde que moi, tu meurs

Il est réjouissant de voir les enfants des belligérants d’hier célébrer ensemble avec émotion le souvenir de la bataille de Verdun. Cela met rétrospectivement en évidence l’absurdité de cette guerre, et de toute guerre, comme le résume la célèbre formule d’Aristote : « Nous ne faisons la guerre qu’afin de vivre en paix. » Or, de tout temps, l’homme trouve toujours un motif de se faire la guerre.

La récurrence du phénomène interroge le côté incantatoire de l’appel au « vivre ensemble ». Il faut se rendre à l’évidence : la division de l’humanité contre elle-même n’est pas un accident. Cette division contre soi est au cœur de son ADN. L’humanité a le génie de s’inventer les motifs les plus absurdes pour justifier la barbarie exercée contre elle-même. L’inhumanité est le propre de l’homme. L’État islamique nous en donne le meilleur exemple. Au bout du compte, à quoi bon un motif ? Il semble avéré que l’homme choisit de faire la guerre pour faire la guerre. Pourtant, un motif est toujours mis en avant, comme s’il fallait toujours donner du sens aux actes les plus insensés. C’est ce que Kant appelle le « mal radical », la propension du « cœur humain » à se duper « lui-même sur ses intentions bonnes ou mauvaises ». L’inhumanité est le propre de l’homme parce qu’il possède cet art de se mentir à lui-même.

Qu’est-ce qui change, de nos jours ? À Verdun, la barbarie était considérée comme l’effet collatéral mais inéluctable de la guerre. L’héroïsme des combattants, le sacrifice qu’ils faisaient d’eux-mêmes à leur patrie étaient un témoignage d’amour pour les leurs. Aujourd’hui, le mensonge islamiste réussit ce tour de force de rendre la barbarie désirable pour elle-même, et de faire des actes barbares des actes héroïques. Au nom de Dieu lui-même, l’amour n’a plus droit de cité. En écho, il y a le mensonge de la bonne conscience. Déjà en 2007, l’Algérienne Malika Sorel dénonçait le leurre de la « repentance » qui injecte le poison de la haine dans le cœur des enfants issus de l’immigration. Rien n’a changé. Dimanche dernier, sur BFM TV, tandis que les djihadistes de Daech revendiquaient l’attentat qui a fait 59 morts à Homs, le député européen EELV Yannick Jadot dénonçait avec force la responsabilité de l’Europe et de la France dans le mauvais sort fait aux migrants, mais refusait obstinément de débattre avec Nadine Morano des véritables sources locales du problème.

Et, tandis que notre « allié » Erdoğan apporte indirectement, mais sans état d’âme, son soutien à l’État islamique, on fustige Bachar et Poutine au nom des droits de l’homme. Dans le même temps, au nom de la construction européenne, les Européens accordent à Cameron des « facilités » contribuant à introduire un peu plus d’incohérence dans cette construction. Tout le monde a d’excellents motifs pour participer au même jeu, le jeu du « plus absurde que moi, tu meurs » !

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