Editoriaux - International - Politique - Presse - 15 février 2013

Pleure, ô mon FN bien-aimé…

On lit parfois des choses bien tristes sur Boulevard Voltaire. Sous un article consacré à dénoncer l’UMPS (un tube inusable nonobstant sa soporifique monotonie), quelques témoignages de souffrance. Un lecteur s’inquiète tout en se réjouissant de la banalisation dans l’opinion des idées du Front national : et si le FN, lui aussi, se banalisait ? Un autre, encore plus malheureux, interpelle Mlle Le Pen : pourquoi avoir mis au placard les glorieux vestiges de Roger Holleindre ? Un autre enfin ne s’est pas consolé de l’échec de Bruno Gollnisch, un homme, un vrai, un qui en a, ce qui est physiologiquement impossible concernant Marine Le Pen.

Ils sont quelques-uns comme ça. Nombreux ? Pas nombreux ? En tout cas, il y en a. Chez eux, ils fredonnent, doucement pour que les voisins n’entendent pas : « Maréchal, nous voilà ! » Mais pour rien au monde ils ne chanteraient : « Maréchal (Marion), nous voilà ! » Une crainte les taraude. Et si l’UMPS devenait l’UMPSFN ? Les paysages (politiques) de leur tendre jeunesse ont disparu. Rome n’est plus dans Rome… Le FN n’est plus dans le FN… Pleure, ô mon FN bien-aimé !

Que s’est-il passé pour qu’ils deviennent orphelins ? Pourquoi le parti qu’ils aimaient tant a, selon eux, disparu telle l’Atlantide ? Une piste pour tenter de répondre à ces angoissantes questions. La campagne qui vit s’affronter M. Gollnisch et Mlle Le Pen pour le leadership du FN fut, on a tendance à l’oublier, d’une très grande âpreté. Les primaires du PS (qui ne furent pas mal non plus), c’était, en comparaison, une chamaillerie de bac à sable.

Ainsi, on a pu lire et entendre que Marine Le Pen était « soutenue par la presse juive ». Et que dans son entourage on trouvait « des Juifs et des invertis » ! Ne fréquentant guère les antichambres et les salons du FN, je ne peux me prononcer sur la véracité de cette assertion. Mais si elle est exacte, elle expliquerait pourquoi la présidente du Front national ne s’est pas montrée à la manifestation contre le mariage gay. Et pourquoi elle s’abstient de stigmatiser « la juiverie internationale ».

Il n’en demeure pas moins que les orphelins ont droit à une certaine sollicitude. Une petite structure d’accueil a vu le jour et se propose de les câliner. Elle n’est pas dépourvue du charme broussailleux et un peu fantaisiste qu’on prête aux jardins anglais. Elle prône l’égalité entre tous les révolutionnaires (rouges et bruns) et elle milite pour la réconciliation entre les mots « national » et « socialiste » (à l’intention de la correctrice : merci de ne pas mettre de tiret entre ces deux adjectifs, ça me vaudrait des ennuis). En plus, dans ce centre d’accueil, on ne s’ennuie pas. On peut y voir Poutine embrasser sur la bouche Ahmadinejad. Julius Evola serrer dans ses bras Antonio Gramsci. Che Guevara rouler une pelle au général fasciste argentin Videla. Et – pour les orphelins déjà un peu matures – Ben Laden se livrer à de torrides étreintes avec Eva Braun et Evita Perón. Alors, tout va bien ? Non ! Car la CPO (Commission pour la protection de l’orphelin) a retoqué cette structure pour cause de confusion mentale.

Que faire ? Aller en Grèce ! Il y a là-bas un parti, dûment homologué, susceptible d’abriter nombre d’êtres souffrants privés de famille. L’Aube Dorée (c’est son nom) se distingue en effet par son refus de toute ambiguïté et de toute compromission. Ses militants font le salut nazi tout en expliquant qu’Hitler l’avait piqué à Mussolini, qui lui-même l’avait emprunté à la Rome antique, qui elle-même l’avait chouravé à la Grèce.

Ils haïssent les Juifs. Détestent les étrangers. Et dans une saine et virile tradition, rouent de coups leurs opposants. La presse de gauche française traite très injustement ce parti de « néonazi ». C’est faux. Il est tout simplement nazi. Alors, que les orphelins déjà cités aillent voir (et accessoirement se faire voir) chez les Grecs…

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