Editoriaux - Société - 9 juillet 2019

Plan d’action gouvernemental pour les personnes handicapées : une politique décalée des réalités

Ce 9 juillet, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, lance son plan d’action pour accélérer l’inclusion des personnes handicapées. La thématique du handicap est l’une des priorités du quinquennat d’Emmanuel Macron. Attention, tout de même, à ne pas dévoyer dans sa mise en œuvre un objectif que tout le monde partage dans le fond.

Conformément aux recommandations de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, Catalina Devandas-Aguilar, qui appelle le gouvernement à « fermer progressivement tous les établissements », Sophie Cluzel veut développer une « société inclusive » par le biais d’une dynamique de désinstitutionnalisation.

Il est vrai que permettre au plus grand nombre d’enfants d’être scolarisés en milieu ordinaire est un objectif louable vers lequel il faut, évidemment, tendre dans les mois et les années à venir. Mais il faut, néanmoins, veiller à mettre en place en parallèle des services de proximité qui permettent à la personne de vivre à domicile tout en bénéficiant d’un accompagnement approprié, parce que dans le cas contraire, si les élèves se rendent effectivement en école ordinaire la journée mais restent enfermés chez eux le reste du temps, alors ce sera un réel problème ! Il est vrai que des SESSAD (services d’éducation spéciale et de soins à domicile), SAMSAH (services d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés), SAVS (services d’accompagnement à la vie sociale) et autres services médico-sociaux existent déjà dans notre pays, mais en nombre largement insuffisant. Il faut impérativement les développer dans les années qui viennent !

Par ailleurs, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées explique vouloir une « société inclusive », qui ne cantonne pas les personnes handicapées dans des institutions spécialisées. Sous-entendu, les ESMS (établissements sociaux et médico-sociaux) seraient source d’enfermement pour leurs usagers. Un tel propos est, malheureusement, le signe d’une méconnaissance profonde de la réalité. Car les projets d’établissement des ESMS reposent souvent déjà, justement, sur un accompagnement spécifique visant à l’autonomie et l’autodétermination de la personne. C’est-à-dire amener chacun à se confronter progressivement au monde extérieur, à dépasser ce que l’on croit souvent être nos limites, à acquérir une indépendance de vie.

L’enjeu est bien de rendre l’inclusion effective, c’est-à-dire de faire en sorte que, demain, la société permette à chacun de vivre « comme tout le monde », choisir librement son mode de vie, participer à la vie de la cité et en être acteur. Mais gardons à l’esprit que le milieu ordinaire ne saurait constituer la seule réponse à cette ambition.

En effet, considérer la personne en situation de handicap ne doit pas, pour autant, nous conduire à nier toutes les spécificités. L’inclusion en milieu ordinaire ne peut pas se faire pour tout le monde. La réalité, c’est qu’il faut défendre un modèle de société dans laquelle coexisteraient à la fois des structures spécifiques et des solutions plus inclusives.

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