L'arsenal mobilisé pour lutter contre le est pavé des meilleures intentions ; mais sous le pavé, c'est bien connu, ne se trouve que du sable. Cette débauche de moyens, ce train de mesures annoncé le 18 janvier n'apporteront que de piètres satisfactions narcissiques à François Hollande et laisseront, une fois de plus, la France des sans-emploi sur le bord de la route… Il ne peut en être autrement quand les analyses qui fondent ces "politiques économiques" ou ces "traitements sociaux" sont elles-mêmes erronées ! Tout est illusion dans ce théâtre d'ombres, tout est factice dans cette tragédie !

On pourrait, ici, évoquer l'illusion qui consiste à nous faire croire que depuis quelques décennies le premier souci des Français, leur préoccupation existentielle, est le . Si les commentateurs traînaient leurs guêtres dans les agences de Pôle emploi, ils s'apercevraient que les Français se reconnaissent de moins en moins dans la population qui s'y trouve. La montée du est concomitante à celle du communautarisme, et c'est cela qui les inquiète ! Avant d'être un problème, les chiffres du chômage expriment la fracture de la société française car une partie du pays vit en marge d'une autre.

On peut également s'illusionner en pensant que ce chômage, vécu par ceux qui le subissent comme une situation particulière et individuelle, appelle des réponses globales, collectives ou, comme ils disent, macro-économiques.

On peut toujours croire que ces cinq millions d'individus privés d'emploi sont les mêmes, des individus interchangeables, dotés de la même énergie créatrice, et qu'en conséquence s'ils en sont là, c'est que la société est seule responsable ; et surtout, on doit vite oublier que certains d'entre eux n'ont rien voulu apprendre dans une scolarité que la République a voulue pour eux gratuite et… obligatoire. D'ailleurs, c'est à cela que se mesure le succès de l'Éducation nationale : les cancres ont disparu !

Cependant, l'illusion la plus belle, celle que je préfère, consiste à poser la formation comme panacée universelle. Ne parlons pas là des récentes décisions du président de la République qui viennent, une fois de plus, conjuguer cette vieille lune. Mais les chefs d'entreprise, les DRH ou autres recruteurs vous le diront : la formation ne crée pas l'emploi.

La même raison qui fait du CV anonyme une vaste plaisanterie rend accessoire le critère de la formation dans la décision de recruter. Et cette raison s'appelle, n'en déplaise aux non-latinistes, l'intuitu personae. C'est en considération de la personnalité du candidat, de son caractère, de son aptitude à se fondre dans ce microcosme si particulier qu'est chaque entreprise que l'employeur décidera de l'embaucher. Il sait bien que la formation reçue préalablement ne le dispensera pas de lui donner une formation dite "d'insertion".

Recruter est pour tout chef d'entreprise un acte majeur de sa gestion. 75 % des entreprises françaises ont moins de cinq salariés ; qu'on s'imagine alors les affres, les angoisses de celui qui doit renouveler un quart ou un cinquième de ses effectifs. Il joue son avenir professionnel et il peut accorder à cette décision la même importance que celle qui a présidé au choix de son conjoint dans la vie privée. D'ailleurs, beaucoup d'entre eux considèrent encore que l'embauche d'un collaborateur, c'est pour la vie !

Recruter, c'est avant tout choisir. Et même dans une économie atone, comme l'est celle de la France, les entreprises recrutent, sinon pour leur croissance, du moins pour assurer le maintien de leur effectif. Elle ne le feront pas plus ou pas mieux en ayant en face d'elles des chômeurs formés, mais en étant aidées et surtout comprises. Dédramatiser l'acte de recrutement, défaire le nœud gordien qu'il est devenu, voilà un enjeu plus excitant que les rengaines qu'on nous ressassent.

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21 janvier 2016

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