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Editoriaux - International - Société - Table - 11 juin 2014

Des piques au sol pour faire fuir les SDF : jusqu’où va-t-on aller ?

Innommable. Dégueulasse. Inhumain. Il n’y a pas d’autre mot qui me vienne, mis à part une nausée difficile à contenir. Pourquoi s’acharner à rester polis face à des gens qui n’ont aucune considération pour la dignité humaine ?

Car l’ingéniosité moderne a désormais sorti de son chapeau une nouvelle invention pour exprimer toute son ignominie la plus crasseuse : des piques fixées au sol pour faire fuir les SDF !

Le scandale vient d’éclater en Angleterre, où la charmante manœuvre a été utilisée dans les quartiers riches de Londres par une société désireuse de faire fuir des indésirables qui, il est vrai, n’ont même pas la décence d’avoir un toit sur la tête et du fric en banque, pensez bien !

Et cette indignité n’est pas confinée à l’intérieur des frontières anglaises. Telle chose était déjà arrivée en Chine, à Canton en 2012, et comme la misère semble, de nos jours, plus contagieuse que la prospérité, il fallait bien que cela survienne chez nous. Ainsi, depuis quelques années, l’on voit fleurir ce genre de chose : en Angleterre, aux États-Unis, mais aussi en France.

Et à moins d’avoir les reins suffisamment solides pour s’asseoir ou dormir sur un cactus, il n’y a pas grand-chose à faire pour éviter ces piques, que l’on a évidemment pris soin de planter, comme des radis, de façon rapprochée.

Ce crachat expédié à la figure des plus fragiles, réduits à se voir retirer le respect le plus élémentaire (un bout de bitume, vous imaginez le luxe !), et l’accoutumance à la souffrance quotidienne au point qu’elle en devient, pour certains, plus insupportable par le dérangement qu’elle cause que par la douleur humaine qu’elle charrie n’augurent rien de bon dans nos sociétés modernes.

Certains commentateurs arguent pourtant que ces tristes initiatives seraient d’utilité publique : ils nous disent que ces gens ne paient pas d’emplacement alors qu’il n’y a guère que dans nos sociétés sédentarisées que la propriété existe et se monnaie ; ils nous disent que ces gens sont sales, qu’ils puent et sont des fainéants que le travail répugne. Combien d’entrepreneurs ou d’âmes courageuses dressées au labeur ont pourtant été envoyées à la rue, à l’heure où la moindre sortie de route peut vous précipiter sous un pont ?

Allez donc dire ça à Marie-Neige Sardin, la célèbre libraire nouvellement SDF qui vient d’être chassée de son local par une multiplication mirobolante de son foyer, après 40 ans de labeur et 34 agressions dont un viol en réunion, et qui crèche avec sa fille dans un hangar. Il y a des chances pour qu’elle apprécie.

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