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Editoriaux - Fiction - Justice - Table - 28 août 2016

Pipo le Pygmée, notre conte de l’été [33]

Dans ce chapitre, Pipo comprend enfin le vrai message de l’antiracisme.

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Chapitre XIV

Par lequel Pipo, son éducation terminée, prend congé de ses lecteurs.

Pipo avait échappé à la meute enragée des frères, mais il errait seul et désemparé. Tout à coup un bras secourable le saisit, celui d’un petit homme aux manières douces et au bon sourire, portant une croix sur le revers de son veston. Pipo reconnaît le petit homme : c’est Monseigneur l’Évêque, un Homme de Paix et un parfait antiraciste, qu’il a déjà vu plusieurs fois à la télé avec son Maître le Professeur. Pipo remercie le Ciel, car il a trouvé enfin quelqu’un à qui faire confiance. Quelqu’un qui le conduira sur le chemin du Vrai, du Beau, du Bien, de l’État de droit et des Principes Généreux.

Monseigneur effleura Pipo de sa main et il lui révéla, de sa douce voix, le vrai message de l’antiracisme :

“- C’est le nouveau nom de la Paix, Pipo, la Paix universelle par le mélange universel de l’un avec l’autre. Qu’il n’y ait plus de races, plus de langues, plus de peuples, plus de nations, plus de classes, plus de couples, plus de familles, plus de sexes. Qu’il n’y ait plus de barrières, plus de clôtures, plus de frontières, plus de limites, plus de bornes, plus de cloisons, plus de portes, plus de volets, plus de grilles. Que plus personne ni plus rien n’appartienne à quiconque, mais que tout appartienne à tous pour que chacun en jouisse librement. Aime ton prochain plus que toi-même, ton lointain plus que ton prochain, et tu seras heureux.”

Monseigneur dit à Pipo : « Suis-moi, et je te ferai connaître mes disciples ». Et il bénit le front, le cou et les joues de Pipo de ses doigts, et il le prit par l’épaule et le conduisit dans son église. Et ils descendirent sous la terre, et ils arrivèrent dans une grotte où les disciples attendaient. Pipo vit que les disciples portaient la barbe, et ils étaient vêtus de longues tuniques, et ils avaient mis à leurs doigts des bagues en signe d’Alliance. Et Monseigneur leur donna à chacun le baiser de Paix en disant : « Heureux les faibles d’esprit, car notre Royaume est à eux ! ». « Père, répondaient-ils, nous te rendons grâces et nous te remercions de tous nos péchés ». Puis ils s’assirent autour d’une table et ils partagèrent le pain et le vin, et ils partagèrent aussi beaucoup d’autres choses, comme le Père leur avait enseigné.

À la fin du repas, le Père prit Pipo entre ses mains très saintes et adorables, et il le donna à ses disciples en disant : « Prenez et consommez-en tous, car ceci est un corps, livré pour vous ». Et tous acclamèrent la Parole du Père. Puis l’un des disciples se dépouilla de ses vêtements, et il s’avança vers Pipo en criant : « Seigneur, laissez venir à moi les petits enfants! ». Et Pipo vit le bras qui se tendait vers lui. Et il vit que le disciple souffrait sa Passion, et qu’il avait faim et soif de justice, et surtout des garçons comme Pipo. Et Pipo prit le bras entre ses mains ni saintes ni adorables, et il le mordit méchamment, et il fut aussitôt rassasié. Et le disciple se prosterna à ses pieds en hurlant.

Voyant que les autres disciples approchaient, Pipo se retira vite hors du temple, car son heure n’était pas venue. Et il se cacha dans un grand jardin, et comme il avait compris que ce que faisaient ces hommes était mal, le soir venu il pleura.

*

Pipo a-t-il donc perdu tout espoir ? C’est ce que vous saurez demain en lisant la suite de Pipo le Pygmée sur Boulevard Voltaire.

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