Dans ce chapitre, Pipo se retrouve entouré par un tas de nouveaux frères.

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Chapitre XIII

(Huitième leçon) Où Pipo aide à combattre l’islamophobie.

Pipo, qui avait de plus en plus faim, continuait de parcourir les rues après sa troisième sortie de prison avec d’horribles douleurs au ventre. Enfin voici une autre soupe populaire, une bonne soupe aux légumes verts avec des croissants ! Il se rassasie, il est heureux. On l’accueille dans une sorte de club d’amis, on lui donne des vêtements pour s’habiller comme les gens du quartier : une robe, des sandales et un petit chapeau tout blanc pour mettre sur sa tête. On lui propose de lever l’index droit au ciel, on lui fait répéter une formule magique incompréhensible, et aussitôt on paraît très content de lui. Tout le monde maintenant le considère comme un frère, et c’est d’ailleurs vrai que là où ses jeunes amis le mènent, on ne voit jamais de sœurs. On lui parle d’Allah le miséricordieux, celui qui est un peu leur grand frère à tous, un grand frère qui sait tout, qui voit tout et qui est tout-puissant. La Parole d’Allah est pure et parfaite. Elle arrive aux hommes par la bouche des Prophètes d’Allah. L’un des Prophètes s’appelait Mohammed, et c’est pour ça qu’il y en a beaucoup qui portent ce nom chez les frères. Il a passé vingt ans de sa vie à noter dans sa mémoire tout ce que lui racontait Allah. À la fin, complètement épuisé, il est mort entouré de sa famille et de ses nombreux frères, à qui il avait heureusement dicté ce qu’il avait dans la tête. Allah, qui n’avait plus rien à dire après ça, a refermé le livre de ses Révélations. C’est pourquoi on dit aujourd’hui que Mohammed est le plus grand Sceau de tous les Prophètes.

Les choses iraient tellement mieux dans le monde, lui disaient-ils, si tous les hommes étaient soumis à Allah ! Mais les Français n’aimaient pas Allah, car le racisme les aveuglait. Leurs ancêtres, qui s’appelaient autrefois les Francs, et encore avant les Gallo-Roumis, avaient toujours repoussé les missionnaires d’Allah. Pourquoi fermaient-ils ainsi leur cœur ? Pourquoi refusaient-ils d’écouter la Parole d’Allah ? Il y avait là pour les frères quelque chose d’absurde car en suivant Allah, on se sentait bien plus heureux que les Infidèles et on avait en plus un tas de conseils pratiques pour se comporter comme il fallait dans la vie quotidienne de chaque jour. Ces conseils étaient pleins de sagesse, de modération et de bon sens. Il ne fallait pas manger la viande de porc parce qu’il y avait des cochonneries dedans. Chaque frère pouvait avoir jusqu’à quatre femmes, à condition d’être assez riche pour les entretenir. Les femmes qui couchaient avec plus d’un frère n’étaient pas bien vues, mais on ne devait pas les fouetter pendant le Ramadan. Les moutons et les Infidèles ne devaient être égorgés qu’après les purifications rituelles. Seuls les frères portant au moins trois sous-vêtements pourraient commettre un attentat-suicide. Nul ne devait contraindre ses esclaves à la prostitution. Ceux qui volaient le bien d’autrui n’étaient pas de bons disciples d’Allah, mais on ne leur couperait la main qu’en dernier recours, si le tribunal d’Allah l’avait ordonné.

Pipo, qui n’était pas encore allé à l’école d’Allah, ne comprenait pas bien tout ce qu’on lui disait, mais il fut vite convaincu qu’il fallait aider ses nouveaux frères, car il était évident qu’ils souffraient de l’exclusion et de la haine de l’Autre, choses qu’un bon antiraciste ne pouvait supporter. Il leur promit d’être, avec Allah, à leur côté contre les islamophobes.

Justement, on avait besoin de lui car un grand rassemblement de frères allait commencer dans le gymnase du quartier. Le Vénérable Imam -qu’Allah le protège !- allait leur parler à l’heure de la prière. Il venait de la grande ville sainte, très loin d’ici, où tout le monde l’honorait et le respectait. Il fallait quelqu’un pour faire marcher la sono et mettre un peu de chant religieux à chaque fois qu’il allait s’interrompre. On dit à Pipo de remplacer celui qui devait s’en occuper. Pipo pousse la porte de la salle de sport. Elle était déjà remplie de frères agenouillés l’un à côté de l’autre sur leurs prie-Allah. Pipo est conduit dans le petit studio aménagé au fond de la grande salle. Il se fait expliquer le maniement de la sono. Les appareils semblaient, Allah merci !, très simples à faire fonctionner, et ils marchaient du tonnerre d’Allah.

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Comment Pipo va-t-il remplir sa mission au service du Vénérable Imam ? C’est ce que vous saurez demain en lisant la suite de Pipo le Pygmée sur Boulevard Voltaire.

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