Editoriaux - Fiction - Radio - 11 août 2016

Pipo le Pygmée, notre conte de l’été [16]

Dans ce chapitre, Pipo a la chance de faire un très beau voyage.

*

Chapitre VIII

(Quatrième leçon) Où Pipo découvre que nous sommes tous embarqués sur le même bateau.

Le Professeur pardonna vite à Pipo ses bêtises, mais il pensa qu’il fallait compléter son éducation. Il l’emmena donc avec lui sur un grand paquebot pour faire le tour du monde en quatre-vingts jours. Le Gigantic était un navire ultra-moderne. Sa conception était en tout point conforme aux Principes Généreux. Les passagers, leurs bagages et leur argent pouvaient y circuler librement, avec une seule monnaie, le giga, pour faciliter les transactions. Les cabines étaient spacieuses et bien meublées. Les programmes de télé parlaient toutes les langues des passagers qui étaient fort nombreuses, car il y avait des centaines et des centaines de cabines déjà aménagées et encore beaucoup d’autres en construction pour les futurs clients du Gigantic. À chaque escale, il y avait aussi des gens des bateaux qui venaient s’installer là où ils trouvaient de la place dans les soutes, dans les coursives et sur les ponts.

– Est-ce que tu te rends compte, Pipo ? s’émerveillait le Professeur. Quand chacun aura sa cabine sur le Gigantic, il n’y aura plus de racisme, car tout le monde sera solidaire et nous ne ferons plus qu’une seule grande famille !

Et Pipo débordait de bonheur, et il ne savait pas comment dire à son Maître toute sa joie d’être venu là pour occuper auprès de lui un fauteuil sur le Gigantic !

Le dixième jour, le Professeur et Pipo furent informés qu’il y avait un petit trou dans la coque du Gigantic à la hauteur de la cabine de M. Rastapopoulos. Chaque fois que le mouvement du Gigantic faisait passer la cabine en dessous de la ligne de flottaison, un paquet d’eau de mer entrait par le trou. M. Rastapopoulos ne savait pas comment reboucher le trou. D’ailleurs, disait-il, il était venu en croisière pour se reposer et pas pour faire le travail du capitaine Haddock, le commandant du Gigantic.

Le onzième jour, le capitaine Haddock et sa compagne, la cantatrice Bianca Castafiore, allèrent trouver Rastapopoulos pour lui expliquer qu’il fallait faire quelque chose pour empêcher l’eau de rentrer. Le capitaine lui lança un tas de jurons, ce qui ne l’impressionna pas beaucoup. La Castafiore le poursuivit en lui chantant tout le temps le grand air des Bijoux, ce qui lui cassa les oreilles, de sorte qu’il promit de réparer la voie d’eau.

Le douzième jour, la voie d’eau n’était toujours pas réparée. Le capitaine dit à la Castafiore que ce Rastapopoulos était un menteur, un bachi-bouzouk, un moule à gaufres et qu’il ne pouvait plus le voir. La Castafiore répondit qu’elle aussi, elle avait bien du mal avec Rastapopoulos mais que ce n’était pas le seul à lui donner du souci car on avait trouvé d’autres petites fentes de la coque du Gigantic dans les cabines du Senhor Oliveira da Figueira, de Gino le paparazzo et du général Alcazar. Ni les uns ni les autres ne s’en inquiétaient. Le Senhor Oliveira donnait toujours de très bonnes raisons pour expliquer qu’il n’avait pas pu intervenir. Gino passait son temps à photographier les jeunes actrices qui bronzaient sur le pont supérieur du Gigantic. Le général Alcazar était trop occupé, dans sa cabine, à lancer des couteaux qui chaque fois perçaient un peu plus la coque du Gigantic.

Le treizième jour, M. Bohlwinkel, l’un des banquiers du Gigantic, commença à s’impatienter. Il envoyait message radio sur message radio au capitaine Haddock pour lui dire que ses plus gros clients, M. Mitsuhirato, Didi le Chinois et le cheikh Bab-el-Ehr, trouvaient que toutes ces détériorations n’étaient pas bonnes pour la réputation du Gigantic et que si cela continuait, cela ferait baisser la valeur du navire et le cours du giga. Pendant ce temps-là, le prophète Philippulus se promenait sur les ponts avec sa cloche en annonçant que la fin du Gigantic était proche, mais personne ne l’écoutait. Comme il faisait tout de même trop de bruit, le capitaine le fit conduire à l’infirmerie du Gigantic où le docteur Rotule le soigna en lui mettant du sparadrap sur la bouche.

*

Pourra-t-on empêcher l’eau d’entrer dans la coque du Gigantic ? C’est ce que vous saurez demain en lisant la suite de Pipo le Pygmée sur Boulevard Voltaire.

À lire aussi

Pipo le Pygmée, notre conte de l’été [34]

Dans la fin de ce chapitre et de ce petit conte, deux amis se rencontrent à nouveau. …