Editoriaux - Politique - 29 mai 2014

Plus de pilote à bord de la Ve République…

Depuis quarante-huit heures, les événements se précipitent et le régime est entré dans une crise profonde qui atteint à la fois l’exécutif et les deux principaux partis du pays légal, si bien que les institutions de la Ve République ne semblent fonctionner que par habitude, à leur rythme de croisière mais sans plus aucun pilote à bord.

La majorité n’est plus majoritaire, l’opposition parlementaire explose sous l’effet de ses malversations au lendemain d’un résultat électoral décevant pour elle et le président de la République continue de faire semblant d’exister, coincé qu’il est entre un peuple français qui n’a plus confiance en lui et une Allemagne autoritaire qui codirige l’Europe avec Bruxelles et conduit donc, compte tenu des différents traités adoptés depuis 2008, la politique de la France.

Quant au Premier ministre, il semble, huit semaines seulement après avoir été désigné à ce poste, avoir atteint son niveau d’incompétence le soir même des résultats, dans une apostrophe aux Français aussi grandiloquente qu’inutile : il n’est pas question, pour lui, de changer de politique mais seulement de chercher à en accélérer les résultats alors qu’on sait d’ores et déjà qu’ils seront nuls pour la croissance et donc pour l’emploi.

Le Parti socialiste, réduit à 14 %, voit sa gauche, forte tout de même d’une centaine de députés, tentée par la rébellion. C’est d’un retour à la IVe et au régime d’assemblée qu’ils rêvent, voulant contraindre Valls à accepter leurs diktats, sous peine, à la première occasion venue, de le mettre en minorité, comme cela s’est produit une seule fois sous la Ve.

La trouille, celle de ne pas être réélus en 2017, les anime évidemment : ne voient-ils pas avec effarement que vingt-quatre mois auront suffi à révéler l’inconsistance abyssale du chef de l’État, dont ils aimeraient bien désormais disjoindre le sort du leur ? Quant à l’ambition du Premier ministre, ils la craignent d’autant plus qu’ils savent que, pour la satisfaire, il n’hésiterait pas à provoquer, à leurs dépens, une recomposition du paysage politique français vers un centre également courtisé par Alain Juppé.

L’UMP, précisément, désormais incapable d’empêcher ses égouts de déborder, a dû ouvrir aux Français médusés les portes de ses écuries : telle la démocratie chrétienne italienne finissante, ce parti fourre-tout ne peut plus cacher n’être devenu, au fil des années, qu’un syndicat d’intérêts dépourvu de toute ligne politique et de toute ambition pour la France. En se dotant d’un triumvirat, le parti avoue la profondeur de la crise, tout en espérant geler les ambitions jusqu’au congrès d’octobre, le temps pour chacun de prendre ses marques. Copé (Sextus Pompée) désormais éliminé, et Raffarin ne pouvant aspirer à un autre destin que celui du pâle Lépide, restent, face à face, Fillon et Juppé.
Si aucun de ces vieux routiers ne peut feindre l’inexpérience de la jeunesse, il n’en reste pas moins que Juppé, le « meilleur d’entre nous », montre l’arrogance d’un Marc-Antoine blanchi sous le harnais et sûr de son fait, tandis que Fillon, moins charismatique, absent de la scène durant plusieurs mois et donné régulièrement perdant, semble partir avec un handicap certain, comme Octave. On sait ce qu’il en fut. Aucun des deux ne souhaite évidemment la résurrection de César.

Marine, de son côté, jubile. Ses 25 % aux européennes l’y autorisent, du moins le croit-elle. Seule une aggravation de la crise pourrait lui permettre d’engranger rapidement des bénéfices. Trop rapidement ? Elle n’a pas les cadres pour gouverner. Et a, jusqu’à présent, tourné le dos à toute dynamique de rassemblement national, nécessaire pour atteindre l’objectif d’unir les Français autour d’un projet de reconquête nationale.

Rien n’est encore joué. Et comme toujours, c’est la France qui fera les frais de cette incertitude.

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