Vassiliu, un des derniers OVNI des années 1970, vient de se crasher en tremblotant, très loin là-bas, sur la planète Parkinson. Le vaisseau moustachu était une parcelle météoritique d’insouciance, un métal rare fait de bonheur et de mots scintillants. La carlingue était certes cabossée, mais dans tous les Roswell de la chanson française, aucun flic n’avait réussi à lui filer un coup de matraque.

Mon premier contact avec l’extra-terrestre remonte à une série grisâtre et douce-amère des années 80 : « Pause-café » avec Véronique Jannot. Il y avait un poster de Vassiliu dans un bureau de l’établissement où la conseillère d’orientation humaniste frayait déjà dans la galère des années Mitterrand. Vassiliu : le nom sonnait bizarre, roumain en somme. Et l’affiche très seventies ; surannée à peine morte. Au moment où je regardais ces épisodes cafardeux, l’artiste était déjà enfermé à double tour dans une ère d’insouciance déjà révolue.

Pierrot avait aluni un beau jour des sixties avec un drôle de tube métallique coincé dans les narines : « Armand », l’histoire d’un gosse poisseux à souhait. C’était un coup de semonce venu de la Belle Époque des chansonniers noirs et joyeux, dont les paroles glauques et marrantes inondaient alors les troquets. Armand gênait un peu aux entournures le délice des Trente Glorieuses. Décalé, le sourire narquois se foutant bien de la gueule du progrès, Vassiliu enchaîna donc les tournées mais le succès sembla le traverser comme une passoire. Un Christ dont les clous n’auraient pas tenu.

Peu importait : les textes de ce glandeur professionnel avaient toute la couleur d’un temps planant. On citera évidemment la chanson-alien « Qui c’est celui-là » (1973), adaptée de l’immense Brésilien Chico Buarque. Les ventes furent stratosphériques : 300.000 exemplaires en quelques semaines !

Tout en haut dans les étoiles, à l’abri du besoin, Pierre Vassiliu pouvait continuer de fuser, matant tranquillement l’océan bleu des tristesses contemporaines.

Dans sa bluette porno « En vadrouille à Montpellier » (1974), qui conte une soirée en boîte de nuit et un slow avec une gamine, ses phrases respirent la fumette, dans un mélange de sueur et de semence à venir. Une sorte de Gainsbarre avant l’heure, en moins sérieux…

L’OVNI Vassiliu chargeait ses réacteurs dans une gauche foutage de gueule, anarchisme rigolard bien illustré par « La Femme du sergent », qui cancanait sur l’Empire défunt et les infidélités de madame. L’astre enfin perdit de sa lumière, pointa à l’ANPE de la variété. Il y eu des reggaes au fur et à mesure que s’éloignait la vitesse de la lumière. Le moralisme sans joie finit même par frapper le troubadour (écoutez le très vide « Dangereux »).

L’insouciance, assassinée depuis longtemps, rappela à elle Pierrot. Pas d’inquiétude : Boby Lapointe lui fera sûrement une belle place à ses côtés !

https://www.youtube.com/watch?v=GNWKWhdnRDI

19 août 2014

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