Qui connaît encore Boutang, hormis de fins lettrés ou quelques royalistes de passage ? Jérôme Besnard, jeune auteur ayant déjà commis une anthologie des auteurs contre-révolutionnaires pour les éditions du quotidien , récidive dans la fréquentation d’auteurs aux idées d’absinthe et de soufre, en publiant, chez Muller Edition, une biographie de ce philosophe atypique.

La valeur ajoutée incontestable de l’ouvrage tient à la chance insigne qu’eut notre plumitif de côtoyer les derniers grands acteurs d’une France littéraire et à jamais disparue. , qu’il croisa quelquefois quand celui-ci délaissait provisoirement sa verte Erin pour fouler les pavés de Paris, est le dernier survivant qui renferme entre les plis de son âge sage, tous les souvenirs d’une fière tradition intellectuelle qui, de Molière à Anatole France, illumine de mille feux ce que l’on appelait jadis le génie français.

Comme l’auteur des Poneys sauvages, Boutang faisait partie, lorsqu’il rendit son âme à Dieu en 1998, des derniers privilégiés à avoir parlé au maître de l’Action française, jusqu’à presque recueillir – tout au moins épistolairement – son dernier souffle. Au fil des pages, Besnard nous livre, à travers Boutang, une juste évocation du plus brillant mouvement politique français, couvert d’opprobres après-guerre et dont il ne subsiste plus guère, aujourd’hui, qu’un d’ombres animé par un dernier carré de fidèles irréductibles, dont, modestement, l’auteur de ces lignes.

Oui, auprès de l’âtre où rougeoient toujours les braises d’une antique droite française aussi bagarreuse que généreuse, nous savons ce que Boutang doit à Maurras et ce que le français doit à ces deux-là. Chez eux, la est avant tout une question d’ordre. Le premier, avec son fameux « politique d’abord », incitait à emprunter le chemin avant que d’arriver à son terme, à tendre l’arc, avant que d’atteindre la cible, à examiner et méditer les leçons du passé en vue du bonheur commun.

Pierre Boutang prolonge cette philosophie. À l’impératif maurrassien précité, répond le constat de Boutang : « Je nais ici et non ailleurs », que Jérôme Besnard explicite sobrement en écrivant que « la naissance engage donc entièrement ».

L’on doit savoir gré à Jérôme Besnard d’avoir livré une biographie très personnelle d’un auteur qui compta bien au-delà des cercles royalistes et qui mérite d’être redécouvert. Si demain la question monarchique devait à nouveau être posée à la France et à son peuple, la mystique de Boutang aidera assurément à retrouver les voies de la raison politique d’un Maurras.

19 janvier 2013

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