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Blog - Editoriaux - Internet - Justice - Presse - 20 mars 2013

Pierre Bergé ou la haine en toute impunité

Jeudi dernier, Pierre Bergé a retweetté à ses 11 329 « followers » le message suivant, dont l’auteur initial est un certain Andrea C. : « Vous me direz, si une bombe explose sur les Champs à cause de #laManifPourTous, c’est pas moi qui vais pleurer. »

Si ce retweet a provoqué des remous dans la twittosphère (incitant finalement Bergé à le retirer de son compte), dans la « grande presse », en revanche, seul Direct Matin s’en est fait l’écho. Les autres n’ont, semble-t-il, rien vu, rien entendu. Ah si, Jean-Marc Morandini s’est essayé à un commentaire sur son blog : « Il faut faire attention aux messages que l’on retweete. C’est ce que vient d’apprendre à ses dépens Pierre Bergé. » Ce Pierre Bergé, quel grand distrait alors, qui retweete sans « faire attention », ça va lui jouer des tours ! Question surréaliste de Morandini : « Retweeter un message, est-ce l’approuver ou simplement le porter à la connaissance de ceux qui suivent votre compte ? » Ben c’est vrai ça, quand les épigones de Merah — signant par exemple « Usama Bin Laden » — retweetent « un bon juif est un juif mort », ils ne sont pas forcément d’accord avec cette assertion, ils se contentent de « la porter à la connaissance » des autres. Cette manie, alors, de toujours voir le mal partout.

Tiens, puisqu’on parle de Merah, dimanche, à Toulouse, Hollande a profité de l’hommage aux victimes pour afficher sa fermeté à l’encontre de « la diffusion de messages haineux sur Internet » et en particulier sur les réseaux sociaux, affirmant que l’État serait « vigilant » et « la justice implacable » : « Rien ne doit être considéré en cette matière comme anodin et insignifiant (…), je veillerai à contraindre les réseaux sociaux à fournir les noms [NDLR : après décision de justice] pour qu’il y ait dissuasion et répression. L’espace de liberté qu’est Internet ne doit en aucun cas être utilisé à des fins de propagande de haine. »

S’il n’y a que ça, mon gars, je te le donne tout de suite, le nom. Pas besoin de décision de justice, le monsieur est tellement persuadé de jouir d’une totale impunité qu’il n’a pas seulement pensé une seconde à dissimuler son identité. C’est que lui, pardon, ce n’est pas un pégreleux de banlieue. Le nom c’est Bergé. B-e-r-g-é. Le président du conseil de surveillance du Monde, le gentil mécène qui a financé ta campagne, l’ex-propriétaire à fonds perdus de Têtu, l’organisateur de la jolie soirée qui a fait suite à la manif du 27 janvier à laquelle ta Valérie chérie a pu faire la fête jusqu’au bout de la nuit, vêtue de ses plus beaux atours et flanquée de Valls et Belkacem… Tu le remets maintenant ? Ben alors, la « dissuasion » et la « répression », c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Ah oui mais non, là ça n’a rien à voir. Ce n’est pas de l’incitation à la haine, ni de l’apologie d’une entreprise terroriste, ni un propos dramatiquement irresponsable, susceptible, dans un climat tendu, de donner des idées à tous les zinzins de Paris, c’est de l’humouuuuuur ! Le problème avec nous autres, c’est que nous sommes des tristes sires un peu bouchés qui ne comprenons jamais rien. Et en plus de ne pas être drôles, nous sommes vachement dangereux. Parce que vous voulez que je vous dise ? S’il y avait un attentat terroriste dimanche, les coupables… ce serait nous ! En effet, sur le site de Direct Matin, Andrea C., le premier tweeteur, a réagi par un commentaire. Et loin de faire profil bas, il persiste et signe : « Je le dis et je l’assume : si un terroriste allait se faire sauter au milieu de cette manifestation illégale, je n’aurais pas de larme. (…) Je serais en colère contre ces manifestants qui, par leur comportement de petites racailles en mal de reconnaissance, auraient une part de responsabilité. »

Un peu, en somme, comme la direction d’Ozar-Hatorah dans l’affaire Merah… Cette idée aussi de rassembler les enfants dans la même école pour en faire une cible facile !

La vérité est que, si je suis coupable, c’est d’une seule chose : de grande naïveté. Lorsque j’ai lu le « retweet » de Bergé, je n’ai tout d’abord pas voulu y croire. J’ai trouvé cela trop « gros ». Impossible d’imaginer que cet homme puisse penser une chose pareille. Impossible d’imaginer que nous soyons devenus des citoyens à ce point de seconde zone que nous puissions être la cible de si violentes attaques sans que cela n’émeuve ni ne fasse réagir personne. Mais je reconnais que, par les temps qui courent, la candeur peut être une faute grave.

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