Ma pièce Échec au roy devait être donnée les 13 et 14 octobre, à Mont-de-Marsan, chez moi. Cette œuvre, jouée moult fois en France et outre-Atlantique, évoque la perte du Canada par Louis XV.

Dans le même temps, mon roman Le dernier combat du docteur Cassagne, chronique du terroir, a été publié chez Calmann-Lévy.

C’était pour moi, à 73 ans, une sorte d’apothéose, une petite gloire locale infiniment plus précieuse que n’importe quel prix ou récompense artistique nationale.

Il a suffi au MRAP des Landes d’exercer son amicale pression sur les uns et les autres pour que d’une part la pièce dont nous allions signer la convention soit annulée, avant que passent également à la trappe les signatures du livre que je devais faire ici et là dans ma région.

Le prétexte : des articles écrits pour Riposte laïque, qui me classent dans la honteuse catégorie des promis aux enfers de la liberté de (mal) penser.

Le concert de lâchetés qui baigne ce traquenard fait plus de bruit qu’un final de Strauss. Me voici donc seul dans le grand silence des « occupés ailleurs », des qui trouvent ça bien-embêtant-mais-enfin… et des amis dont la fidélité ressemble tout à coup à un agenda téléphonique réduit au plastique de sa couverture.

Seul ? Pas tout à fait, puisque je peux encore exprimer, entre autres, mes remerciements à mes hôtes de ce jour. Car enfin, s’il est arrivé quelquefois que l’on contestât une œuvre au point de la chasser des affiches, c’est la première fois, depuis beau temps, que l’on empêche un auteur, un individu, un citoyen, de la (ou les) présenter au public. Attaque ad hominem, coup bas, injustice et déloyauté sont les ingrédients du brouet que je suis censé ingurgiter. Ce qu’évidemment je refuse.

Questions, non exhaustives : qui fait la politique culturelle dans une agglomération de quarante mille habitants ? Si Fabrice Luchini vient réciter du Céline dans le 40, le MRAP l’empêchera-t-il de descendre du train ? Jusqu’où l’obstination bovine des tueurs de mémoire ira-t-elle dans sa besogne d’asservissement du plus grand nombre à la pensée conforme ?

Mais, soudain, l’espoir : 12 octobre 2016. Dans un opus de confidences, entre scooter et oreillers, François Hollande livre le fond intime de ses pensées, c’est-à-dire l’exact envers de la médaille sur laquelle il aura gravé la déconfiture française pendant cinq ans ! Mes humeurs patriotes deviennent tout à coup petit-lait devant le déferlement de ces vérités premières assenées à une classe politico-médiatique pétrifiée, annihilée, de surcroît littéralement troussée « à la gaillarde » avant même de se ressaisir.

Nous avions le Président le plus lucide depuis de Gaulle, et nous ne le savions pas.

Je ne suis plus seul. Et quel renfort soudain, par Toutatis ! Le pied !

Sourions. Breton et ses amis auraient adoré l’absolu surréalisme de ce premier quart de siècle. Au fond, tout bien considéré d’un joyeux bordel dont je suis tout de même une victime collatérale, c’est peut-être l’abandon du Canada par le roi de France qui conduit le MRAP des Landes à me faire autant de misères, deux cent cinquante-trois ans plus tard ?

13 octobre 2016

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