Avec un peu de chance, c’est-à-dire si rien de pire n’arrive d’ici la fin de l’année, on se rappellera 2015 comme l’année des attentats contre Charlie Hebdo et les clients du supermarché kacher de Vincennes.

Mais pour moi, 2015 est et demeurera l’année de la petite grève des employés de la tour Eiffel.

Les attentats ont montré, même aux Français les plus aveugles, la menace du terrorisme islamiste.

Mais la grève à la tour Eiffel a montré quelque chose de peut-être aussi alarmant.

Paris est la destination numéro un des touristes du monde entier. En principe, la France a tout intérêt à rendre leur visite agréable. Mais pour des milliers de touristes chaque année, Paris est le lieu de la perte d’un portefeuille et tous les soucis qui s’ensuivent.

Quand je suis arrivé en 1999, je ne savais rien des voleurs à la tire. Mais, un soir alors que j’attendais ma correspondance dans la station Franklin Roosevelt, j’ai observé un groupe de quatre ou cinq petites dames qui sortaient d’une rame au dernier moment et semblaient très excitées par quelque chose que l’une d’entre elles tenait dans la main et que je ne pouvais voir. Je fis semblant de consulter le plan du réseau affiché au mur, et après une minute l’une d’elles est partie dans un couloir. Je l’ai suivie. À mi-couloir, elle a fait demi-tour et nous nous sommes croisés.

J’ai avancé jusqu’à l’endroit où elle avait fait demi-tour. Il y avait une poubelle au mur. J’ai hésité, puis regardé dedans ; j’en ai extrait un portefeuille dans lequel il y avait un permis de conduire espagnol et quelques autres cartes. Aucun argent.

Ainsi a commencé un petit passe-temps pour moi. Les actions de ces petits voleurs étaient si flagrantes et si nombreuses que je me suis bientôt constitué une collection d’une douzaine de portefeuilles. Quand je trouvais des papiers importants, je les rendais, soit par courrier, soit aux policiers de station, soit autrement. Une fois, j’en ai rendu un à l’ambassade d’Italie. L’officier présent sur place m’a dit que chaque année dix mille Italiens étaient victimes des pickpockets à Paris. Je lui ai dit que ce chiffre était invraisemblable, mais il a insisté. Une fois, j’ai trouvé un portefeuille avec deux passeports américains : d’une mère et sa fille. Dès son retour aux États-Unis, la mère m’a envoyé un carton plein de nourriture, d’assiettes en carton et de serviettes tricolores pour célébrer notre fête nationale.

J’ai interviewé la policière en chef du métro. Elle m’a dit que les personnes que ses officiers arrêtaient à présent étaient les enfants de celles qu’elle arrêtait quand elle a commencé dans le métier.

En seize ans, rien n’a changé. Si vous voulez vous amuser d’une façon un peu lamentable, prenez la ligne 1 et gardez les yeux ouverts.

Franchement, si la France n’a pas la volonté de régler le problème de ces pickpockets, comment espérer qu’elle trouvera celle de faire face au terrorisme islamiste ?

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