Depuis son grand retour médiatique, se voit souvent poser la question suivante : “Alors que vous aviez prévu tout ce qui arrive, comment expliquez-vous que vous n’ayez jamais pu décoller ?” Et sa réponse est toujours la même : “J’ai eu le tort d’avoir raison trop tôt.” Même si c’est vrai, la clé est probablement ailleurs. Si Villiers n’a jamais pu décoller, c’est parce qu’il arrivait sur un créneau qu’occupait déjà Jean-Marie Le Pen. Même si ses arguments étaient plus forts, même si ses analyses étaient plus profondes, même s’il avait un excellent bilan en Vendée, les Français sont légitimistes. Jean-Marie Le Pen était le premier, c’est à lui qu’ils accordaient leur suffrage.

Seulement, depuis 2011, le cofondateur du Front national a laissé son parti à sa fille. Il le lui a même laissé clés en main et il est fort probable que si Marine ne s’était pas appelé Le Pen, les frontistes n’en auraient jamais fait leur présidente. Celle-ci arrive donc sur un créneau déjà pris, ce qui aurait pu lui faire perdre sa légitimité. Néanmoins, en tant que successeur, elle pouvait la revendiquer, mais à la seule condition de marcher sur les traces du père. Ce n’est plus le cas et ça le sera probablement de moins en moins.

Plus les jours passent, plus elle se gauchise. On l’a vue exclure trop de gens qui ne faisaient, sur les questions identitaires, que constater la réalité. On l’a lu dans La Croix lorsqu’elle affirmait que l’islam était compatible avec la République. On l’a vue ces jours-ci prendre ses distances vis-à-vis de Nadine Morano quand celle-ci aurait eu besoin d’un maximum de soutiens, etc.

Pendant ce temps-là, Philippe de Villiers pilonne dans les médias avec un courage qui semble avoir fui la bande à Philippot. Ses vérités font du bien et déclenchent l’ire de la gauche sectaire qui a envahi les médias. Les marinistes répondront que leur héroïne est de son temps, ce qui n’est pas le cas de Villiers, qui n’a d’ailleurs jamais été d’aucune époque. Et ils auraient parfaitement raison. Et en même temps, ça serait leur drame. Marine Le Pen obéit, en effet, à son époque. Elle obéit à cette époque lugubre et létale quand Philippe de Villiers la domine pour tenter de la sublimer.

La présidente du FN cherche à plaire aux médias, ce qu’elle réussit assez bien et ce qui est d’ailleurs un signe inquiétant. L’ancien président de la Vendée, lui, ne cherche pas à plaire mais à convaincre. C’est ce qui fait sa force. C’est ce qui fait, surtout, sa légitimité parce que c’est de leaders de cette envergure que la France a besoin.

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