Taper sur l’islam semble être devenu le nouveau sport à la mode dans certains milieux, souvent issus de la gauche la plus radicale et ayant rejoint une sorte de néo-conservatisme à la française. Pascal Hilout et Pierre Cassen, de Riposte laïque, par exemple qui, sur ce site, s’en sont récemment pris au Coran et au prophète Mahomet avec le même discernement dont ils faisaient preuve autrefois vis-à-vis des catholiques ou du Front national.

C’est marrant, mais quand je lis un militant laïcard évoquer la religion, musulmane ou autre, j’ai toujours un peu l’impression d’entendre un membre du Ku-Klux-Klan disserter sur la négritude. On sent tout de suite « l’intellectuel » serein et objectif…

Autre problème, ces gens réduisaient avant-hier le catholicisme à l’inquisition, les Croisades et le procès de Galilée, sans d’ailleurs bien connaître aucun de ces sujets en profondeur ; et hier, le Front national à quelques « points de détail » sortis de leur contexte. Tout comme ils prêtaient à ces deux organisation un pouvoir fantasmagorique, « complot jésuite » à base d’0pus Dei dans un cas, « Internationale noire » et « Quatrième Reich » en gestation dans l’autre. Le Da Vinci Code à côté, c’est du saint Thomas d’Aquin.

Comme tout cela n’est médiatiquement plus trop rentable, les mêmes jouent désormais les prolongations avec la deuxième religion de France, mélangeant à peu près tout, Arabes et musulmans, Coran et Sunna, tout en s’essayant à manier des concepts, tels Charia et Dhimmitude dont, manifestement, ils ne maîtrisent guère les subtilités. Ben oui, les gars, apprendre l’islam avec la méthode Assimil, c’est sûr qu’on gagne du temps ; mais c’est un peu court. Et sombrer dans l’islamophobie rabique et obsessionnelle n’est pas forcément brevet de patriotisme… Bref, tant qu’à virer à la droite de la droite, pourquoi reprendre de cette dernière ce qu’elle a de plus détestable, de plus contestable ? À titre personnel et en tant que modeste catholique, je n’ai rien contre les convertis de fraiche date ; à condition toutefois qu’ils ne prétendent pas porter la bannière en tête de cortège.

Nonobstant, il est un fait avéré que la présence de cinq à six millions de musulmans en France ne va pas sans poser quelques problèmes. Les musulmans en sont d’ailleurs les premiers conscients, d’où la création de l’association Fils de France ou l’immense travail théologique du recteur de la mosquée de Bordeaux, l’imam Tareq Oubrou, dont on ne saurait que conseiller le dernier ouvrage, Un imam en colère.

Là, Samuel Lieven, journaliste au Pèlerin, n’hésite pas à poser toutes les questions qui fâchent. Et Tareq Oubrou n’en esquive aucune. Oui, l’islam en nos contrées a une image déplorable et ce n’est pas la seule faute des médias ; les principaux incriminés étant aussi responsables – ce qui vaut d’ailleurs aussi pour l’Église et le FN plus haut évoqués.

Oui, les Français ont donc légitime inquiétude à voir ces gens venir bouleverser leur us et coutumes. Mais, une fois ces éléments posés, que faire ? Tareq Oubrou estime qu’à chaque problème, il y a solution. Immense érudit, il puise dans la tradition, rappelant cette sourate voulant qu’un musulman tuant un non-musulman vivant en paix avec les musulmans soit voué aux flammes de l’enfer. Remet également les choses en perspective historique, rappelant les siècles où chrétiens vivaient en relative intelligence (les élites ottomanes mettaient leurs enfants dans les écoles chrétiennes tandis que les nôtres vivaient à l’heure des turqueries, relisez Le bourgeois gentilhomme de Molière), même si ces deux seules religions à vocation universelle sont également condamnées à d’inévitables frictions.

Un tel bain d’intelligence est hautement recommandable. Lisez-le, ne serait-ce que par curiosité intellectuelle, et reparlons-en après. À tête reposée et en oubliant les slogans faciles, les approximations en tous genres et les philippiques qui ne sont pas toujours sans arrière-pensées électoralistes, ce qui vaut pour la droite comme pour la gauche.

23 février 2013

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