Parce que, au final, il est fort difficile de trouver à reprocher à . Soudainement, sans l’avoir vu venir, la République revoit ses places fleurir de débats politiques, de débats d’idées, d’envie et de bonne volonté. Alors à défaut de savoir quoi reprocher à ces citoyens qui ne font qu’échanger avec leur prochain – ce qui n’est rien de moins que le fondement de la -, l’on prendra en photo, en usant de gros plans, le moindre détritus qui n’a pas pu être récupéré par la commission propreté, négligeable bière tombée à côté de la poubelle, le moindre camarade éméché ou la tente un peu bancale aux allures de bric et de broc qui abrite les sans-logis. On criera à l’irrespect, au scandale, que ces gens qui rient font trop de bruit et que leur joie de n’être pas aigris nous empêche de dormir du sommeil du mal-pensant !

Saluons les force de l’ordre et de la morale droitiste de nous protéger des rêveurs et des réflexions critiques ! Sus aux déconstructeurs qui ont l’outrecuidance de gratter le fond des choses, Haro sur la et l’esprit scientifique ! Faut-il être bobo pour vouloir nourrir les , jetons la soupe au caniveau ! Ils n’ont évidemment pas bien loin réfléchi, pour inventer d’autres systèmes de , d’autres valeurs, vraiment, qu’il est bon de se sentir supérieur à cette fainéante, du haut de nos certitudes. Taxer d’anarchiste qui ne se lève pas à l’appel du drapeau, de fou qui ose imaginer un monde au-delà du carcan des nations, de mouton qui tague une publicité, de gauchiste qui s’oppose à la finance, de Bisounours qui ne déteste pas ses semblables, de mondialiste qui ne pense pas étriqué.

Des enfants et des sots, ivrognes, abrutis de drogues et de télévisions – que pourtant ils vomissent ? – qui n’ont jamais travaillé de leur vie ! De mon temps, c’était la mine et le service militaire, la jeunesse gaillarde avait encore le bon sens de ne pas discuter l’ordre établi, savait se taire pour écouter les anciens. Mai 68 a ouvert la boîte de Pandore, qu’est-ce donc que ces gens qui se mettent à discuter de tout, à émettre des avis ? La pensée critique ne saurait exister en dehors de la subversion polie dont se targuent les réactionnaires mal-pensants. Pourquoi réfléchir à demain quand il suffit d’encenser hier ?

Voilà, peuple de vieilles gens, que je lis depuis la place de la République sans savoir s’il faut pleurer ou rire de vous, ce que je dirais s’il me fallait critiquer Nuit debout. Heureusement ce soir, j’ai l’honneur et la joie d’appartenir à un mouvement démocratique, horizontal et serein. Révolutionnaire dans ses idéaux, ambitieux dans ses propositions. Pour la première fois de ma courte vie, je fais de la politique et m’empare de la chose publique, non pas seul derrière mes petits pamphlets incendiaires mais par centaines, par milliers de voix lucides sur le monde d’aujourd’hui et exigeantes sur celui de demain.

Fatigué des nuits trop courtes, des manifestations réprimées et d’idéaux à défendre au quotidien, mais pour la première fois, ma place de citoyen fait sens. Que demander de plus ?

Depuis la place de la République, je vous souhaite une bonne nuit. Nous travaillons à construire l’aube.

15 avril 2016

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