En matière de prévision économique, il y a d’un côté les éternels optimistes – en gros, l’establishment politico-financier dont le premier souci est de gruger les investisseurs et rassurer les électeurs – et les autres, c’est-à-dire une poignée d’institutions supranationales et les analystes indépendants qui font leur boulot sans parti pris parce qu’il en va de leur crédibilité ou, tout simplement, de leur gagne-pain. Or, que nous disent-ils à propos de l’année 2016 ?
 
Qu’il est assez probable que nous soyons arrivés, en cette fin d’année 2015, à la fin d’un cycle qui aura durée 35 ans (1980-2015), un cycle de croissance tirée largement par la baisse des taux d’intérêt, un cycle qui avait succédé à une période de surchauffe économique, d’inflation galopante et de hausse des taux d’intérêt et qui avait duré elle aussi (coïncidence ?) 35 ans (1945-1980).

Pourquoi la fin du cycle ? Parce que les taux sont quasiment à zéro un peu partout (Europe, États-Unis, Japon) et malgré cela, la croissance mondiale continue de ralentir, parce que le niveau d’endettement global (public et privé cumulés) atteint le niveau absolument astronomique de 300 % du PIB (moins de 100 % au début du cycle), parce qu’enfin la Réserve fédérale vient, pas plus tard que cette semaine, de signaler la fin de la recréation. Pour faire court, ce que les économistes craignent le plus en cette année 2016, c’est qu’après un cycle d’inflation puis un cycle de désinflation, le monde entre dans un cycle de déflation.
 
Dans le détail, c’est le prix du pétrole qui pourrait bien jouer le rôle du détonateur de la bombe déflationniste. L’année 2015 a donné tort (une fois de plus) à ceux qui voyaient dans la baisse du prix de l’or noir une bouffée d’oxygène pour la croissance : l’effet revenu (au détriment des producteurs) l’a largement emporté sur l’effet prix (au bénéfice des consommateurs). De l’avis général, le prix d’équilibre optimal se situe autour de 60-70 dollars le baril. Le prix actuel de 35 dollars n’est pas soutenable dans la durée et un prix en dessous de 30 dollars, même sur une courte période, pourrait déclencher des défaillances en chaîne aux États-Unis et au Canada, un peu à la manière de la crise des subprimes de 2008 et des troubles sociaux majeurs en Algérie et au Proche-Orient.
 
Le dollar est le deuxième sujet de préoccupation. Trop fort, il aurait un effet globalement négatif sur les économies des pays émergents, et en particulier la . Pourquoi ? Parce que les effets positifs sur les échanges de biens et services (exportations) seraient plus que compensés par les effets négatifs sur les flux financiers (fuite des capitaux et renchérissement de la dette en dollar), conséquence de l’importance démesurée de la sphère financière par rapport à l’économie réelle. Jusqu’où la Réserve fédérale américaine compte relever ses taux, toute la question est là.
 
Le chômage va-t-il reculer en France en 2016 ? L’UNEDIC, pour la première fois depuis 2007, prévoit une stabilisation du nombre de chômeurs (-50 000 en catégorie A et +50 000 dans les autres catégories cumulées). En année pré-électorale, c’est un pronostic raisonnable.

Pour terminer, un mot sur la Grèce. En contrepartie du prêt de 86 milliards d’euros accordé cet été par la Troïka, la Grèce s’était engagée sur un plan de privatisation de 50 milliards d’euros. Pour vous donner une idée du pillage que cela représente, ce montant équivaut, en proportion, à environ 20 fois les privatisations de la période Chirac 1986-1988. Mais puisque les experts les plus optimistes tablent, pour 2016, sur à peine plus de 5 milliards d’euros de privatisations effectives, autant dire que le feuilleton est loin d’être terminé.

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