Cinq jours après le deuxième tour de l’élection présidentielle qui a opposé un ex-banquier de Wall Street – Pedro Pablo Kuczynski, 77 ans – et Keiko Fujimori – 41 ans, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, aujourd’hui emprisonné pour corruption et crimes contre l’humanité -, les résultats définitifs ne sont toujours pas officiellement proclamés. Dans un scénario qui rappelle étrangement celui qu’a connu, il y a quelques semaines, l’Autriche : deux candidats au coude à coude et un écart final de moins de 42.000 voix, et de très nombreux recours à examiner.

En fin de mandat, la Constitution péruvienne n’autorise qu’un seul quinquennat. Ollanta Moisés Humala, l’actuel président socialiste – peut-on encore, du reste, l’affubler de ce terme, tant ses changements de cap ont été nombreux, tour à tour « cháviste » puis grand admirateur de Lula, enfin écologiste centriste -, a été contraint de décréter une situation d’urgence dans la région de Madre de Dios, une région amazonienne proche des frontières du Brésil et de la Bolivie.

En cause : une pollution par le mercure des eaux des rivières et des fleuves qui a provoqué un grave problème de santé publique avec un taux anormalement élevé de mercure dans le sang des populations autochtones. Une contamination due à l’exploitation clandestine et totalement illégale de mines d’extraction d’or avec l’utilisation du mercure comme agrégeant.

Un comble lorsqu’on sait qu’un très important projet d’extraction d’or et de cuivre – la mine de la Conga et ses milliards de dollars d’investissement – a été abandonné sous la pression d’ONG écologistes du monde entier et des atermoiements de l’actuel président, trop soucieux à l’époque de donner des gages au lobby Vert pour assurer en 2014 le succès de sa COP20…

Non pas qu’il ne faille pas prendre en compte les conséquences sur l’environnement d’une telle réalisation, mais c’est bien du ressort de l’autorité politique d’organiser, de planifier, de contrôler les conditions d’exploitation de ces ressources naturelles.

Septième producteur mondial d’or, le possède dans son sous-sol de très nombreuses richesses minières (argent, cuivre, étain, zinc, etc.) qui constituent, pour ce pays, un atout majeur de développement économique.

D’autant qu’après une décennie de croissance positive, ce pays subit à la fois les effets du ralentissement économique mondial et ceux du phénomène El Niño, dans le domaine agricole en particulier. Le chômage est, en effet, en augmentation constante depuis quelques années, et près de 30 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (moins de deux dollars américains par jour).

Dans ce contexte, avec le drame sanitaire qui se joue à Madre de Dios, où sont passés les donneurs de leçons, les hérauts de la planète verte, où sont passés les bonnes consciences, tous les zélateurs de la COP21 qui ont fait de l’écologie non pas un enjeu humain avec toutes ses composantes (dont celle économique) mais une chasse gardée idéologique ?

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