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Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - 22 novembre 2014

Pépins et noyaux dans le Grand Est

Le rattachement de l’Alsace aux régions Lorraine et Champagne-Ardenne, ou deux fois vice versa, on ne sait, est une triple faute pour l’Alsace : politique, économique et psychologique dont les causes concordantes sont le non-vouloir récent d’unification des deux départements alsaciens par référendum local, la volonté aussi tenace qu’inefficace de Bruxelles d’asservissement des régions au nom d’un principe de supranationalité laminateur qui n’existe qu’en Europe, et enfin la méconnaissance de nos gouvernants des réalités et des identités locales profondes.

La plus grande faute est certainement d’ordre psychologique, car c’est bien mal connaître le caractère alsacien d’imaginer un seul instant que la barrière naturelle des Vosges tombera sous le coup d’une décision administrative qui vient contredire la nature, des siècles d’histoire et de culture, et permettrait d’un coup de baguette magique de champagniser le gewurztraminer ou mirabelliser le schnaps.

C’est une évidence de bon sens de dire que ce montage n’aboutira jamais à rien sinon à exciter les tensions inter-régionales et à épaissir l’infernal mille-feuille administratif par adjonction de bureaux de concertation sur la taille des bouchons, le welche comme langue commune, la mise aux normes du bazoomba strasbourgeois et du luth de Mirecourt, le calibrage du nombre de pépins par grain de raisin, voire l’exacte équivalence de poids entre la tonne de grès des Vosges et celle du calcaire champenois. Et puis, qui mettre en premier dans l’acronyme de ces trois régions qu’un bon esprit alsacien vient de baptiser “Arschloch”, soit en bon gaulois vernaculaire : “Trou du cul” ? Et comment en dessiner le logo sans froisser les lobbies ? Et qui va le dessiner ? Hansi n’est plus là !

Cette décision va contribuer à isoler davantage encore l’Alsace si fière et jalouse de son identité, certes pas toujours franche avec le pouvoir central et jouant parfois un jeu trouble au gré de ses intérêts du moment, méfiante du lointain Paris qui ne l’a pas toujours traitée avec le tact nécessaire, notamment au lendemain des deux guerres mondiales. Son irrédentisme plus ou moins sous-jacent risque ainsi de se radicaliser, prisonnière qu’elle est des trois lignes de force Paris, Berlin et Bruxelles, tout en jouant sur ces trois axes, les mettant en concurrence pour en minimiser les effets et préserver son identité, selon le bon vieux principe du diviser pour mieux régner.

L’occasion était pourtant belle de la traiter comme, par exemple, la Bretagne et la Corse. Maintenant elle est vexée et blessée, parce qu’elle se voit traitée comme une communauté quelconque dont on peut disposer avec désinvolture. De là à se sentir trahie ?

On entend des applaudissements à Berlin et à Bruxelles. C’est la France qui perd !

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