Le 24 juin, les 17 juges de l'assemblée du contentieux du Conseil d'État rendront leur décision sur le maintien en vie ou la mort de Vincent Lambert.

Le rapporteur public Rémi Keller, pour cette affaire hors du commun selon ses propres termes, a préconisé, dans ses conclusions, un arrêt des traitements et donc la mort de Vincent Lambert contre le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne qui avait ordonné, au contraire, leur maintien.

J'entends bien que le rapporteur public a souligné que "le traitement dont il bénéficie n'a pas d'autre effet que de le maintenir artificiellement en vie, emmuré dans sa nuit de solitude et d'inconscience".

Pour ce tétraplégique de 39 ans en état végétatif chronique, il conviendrait donc de mettre fin à ce qui, selon le sens commun et la majorité des avis médicaux, ne serait plus une vie digne de ce nom.

[...]

Cette gêne, ce malaise perceptible du rapporteur public ne sont-ils pas ceux du citoyen ayant appris que d'une certaine manière [...], cet éminent représentant de la justice administrative avait tout de même "requis" la peine de mort de Vincent Lambert ?

Les subtilités, pour tenter de dissimuler la nudité brutale de cette conclusion sous une apparence faisant de l'arrêt des traitements une mesure de salubrité humanitaire et médicale, comme s'il s'agissait d'un simple débranchement technique, ne sont pas très convaincantes et révèlent que, quoi qu'on en ait, il est dérangeant devant un souffle de vie prolongé, même réduit à sa plus simple expression, de souhaiter sa fin. [...] [...] J'éprouve comme un effroi devant ce qu'avec la meilleure volonté du monde, le droit et la pitié mêlés pourraient avoir comme conséquences négatives. Si, par exemple la porte de cette affaire Lambert ouverte, on ne savait plus la refermer et si on abusait d'une forme de compassion qui trouverait toujours de quoi se justifier sur le plan médical et trop prompte à l'irréversible ?

[…] Face à un aussi tragique dilemme que celui mettant aux prises les parents de Vincent avec son épouse, son neveu et une partie de ses frères et sœurs, il me semble que précisément la solution serait de trancher non pas en faveur de l'abolition mais, aussi terriblement limitée qu'elle soit, pour la vie. Sur les plateaux de la balance, ne serait-il pas prudent, dès lors qu'une contestation profonde oppose la et les proches de l'être dont le sort est en suspens, de privilégier l'attentisme sur l'un au détriment de l'irrémédiable […] comment opter pour la cause qui, au moins superficiellement, est la moins conforme à nos principes, la plus transgressive ?

Impossible de réagir autrement que sur la pointe de l'esprit et du cœur en n'étant sûr de rien et en n'enviant pas les juges qui, dans très peu de temps, devront donner raison à ceux qui veulent maintenir coûte que coûte Vincent Lambert parmi nous - végétatif peut-être mais présent, insensible mais source chaude, encore, d'émotion et de tendresse - ou à ceux qui ne supportent plus de le voir, de le savoir ainsi.

Sans mauvaise foi d'un côté ou de l'autre, les uns pensent à eux d'abord, les autres à lui essentiellement.

Le 24 juin, s'il y a un arrêt de mort miséricordieux, la joie ne sera nulle part.

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22 juin 2014

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