Document - Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Presse - 28 mars 2017

Penelope, chaînon manquant entre Némésis et Thémis ?

Sans mauvais jeux de mots aussi éculés que ressassés – mais le plaisir d’y succomber demeure le plus fort –, l’affaire “Fillon”, cette fois dans son volet « Penelope », n’en finit pas de dévider sa funeste pelote.

François Fillon, mis en examen le 14 mars dernier, notamment pour détournement de fonds publics, recel et complicité d’abus de biens sociaux, est finalement rejoint par son épouse, convoquée, quant à elle, le 28 mars en vue d’éventuelles accusations de recel de détournements de fonds publics, recel d’abus de biens sociaux et recel d’escroquerie aggravée.

Le Parisien (27 mars) a, notamment, révélé une manœuvre des époux Fillon consistant à minorer le nombre d’heures censées avoir été accomplies par , à l’occasion de ses prestations éclair à la Revue des deux mondes, lors même qu’à la même époque, soit entre juillet 2012 et fin novembre 2013, l’intéressée était employée à l’Assemblée nationale. Les juges d’instruction suspectent le couple Fillon d’avoir pu, éventuellement, fabriquer un faux document aux fins de contourner le règlement de l’Assemblée nationale interdisant de travailler plus d’un certain nombre d’heures mensuelles.

L’on se perd, tout de même, en conjectures, d’autant que cette affaire – improprement baptisée « », par tropisme mimétique américanophile de nos pavloviens médias mainstream – fait couler beaucoup d’encre et charrie, journellement, son lot sordide de « révélations », de « scoops sensationnels » faisant passer la plupart des gazettes subventionnées, du Monde à Libération jusqu’au Figaro, pour les poubelles de la presse à scandales.

On ne sait plus vraiment ce qui relève de l’indécence ou de l’obscénité dans cette sordide affaire. Madame Fillon n’est vraisemblablement pas une oie blanche et son époux, en dépit de sa mine de séminariste contrit, n’est certainement pas irréprochable – mais qui peut se vanter de l’être impeccablement dans ce milieu d’incestueuse connivence où hommes d’affaires, jet-setters, politiques et journalistes grenouillent à qui mieux mieux ?

Néanmoins, l’on peine à réprimer la première impression selon laquelle une bonne partie du dossier serait orchestrée depuis l’Élysée. Nul conspirationnisme de mauvais aloi mais simple question de bon sens. Notre République moribonde n’en est manifestement pas à une contradiction près, prétendant rendre la justice au nom du peuple, celui-là même appelé aux urnes pour désigner le gardien de l’indépendance d’icelle !

Amnésique, cette même République vertueuse oublie que sa non moins vertueuse devancière, la IIIe du nom, avait instauré une « trêve judiciaire ». Celle-ci n’est donc guère un fantasme ou un mirage. Elle est même tirée de l’article 10 de loi du 31 mars 1914 réprimant les actes de corruption dans les opérations électorales. Le rapporteur sénatorial d’alors précisait bien qu’« aucune poursuite, hormis le cas de flagrant délit et de violence matérielle, qu’il importe de réprimer immédiatement, aucune poursuite tendancieuse cherchant à déshonorer le candidat, en le rendant suspect de faits qu’il n’a peut-être pas commis, ne doit être permise pendant toute la période électorale. C’est l’esprit dans lequel devra être appliquée la loi. » Cet article donnera naissance à l’article L. 110 de notre Code électoral, précisant qu’« aucune poursuite contre un candidat […] ne pourra être exercée, […] avant la proclamation du scrutin ».

Penelope (comme son époux, du reste) aurait-elle plus à craindre de l’intransigeante Némésis républicaine que de la sévère Thémis et de son glaive non moins inflexible ? Seul l’avenir le dira. Après la présidentielle…

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