À quoi sert un roi constitutionnel ? À assurer la permanence de l’État, l’unité de la nation, la symbolique de la continuité. C’est particulièrement vrai en , où l’unité nationale est menacée par les tensions communautaires entre Flamands et Wallons. Et c’est encore plus vrai en période de crise, quand le roi doit être au milieu de son peuple, à l’image de George VI qui, durant toute la seconde guerre mondiale, a partagé les souffrances de la population britannique et y a gagné une popularité exceptionnelle.

Philippe, Roi de Belges, est le descendant du grand Albert 1er dont l’esprit de résistance n’a jamais failli. Entre 1914 et 1918, il a refusé de quitter le territoire envahi en quasi-totalité et s’est réfugié sur la côte d’Ostende pour rester, jusqu’au bout, sur le sol national. C’est pourtant Philippe de qui vient de commettre une maladresse insigne dont la presse s’est fait l’écho, et qui pourrait lui valoir quelques déconvenues dans son pays.

Les 21 et 22 novembre dernier, le roi des Belges était à Quiberon, en cure de thalassothérapie. Rien d’anormal à cela en temps normal. Sauf qu’au même moment Bruxelles était placée en alerte attentats maximale, après les massacres de Paris et l’arrestation de plusieurs terroristes outre-quiévrain. Bien qu’en contact permanent avec le gouvernement, le roi n’est pas rentré immédiatement. Ce qu’il aurait évidemment dû faire, pour se montrer solidaire de son peuple interdit de sorties, de loisirs, de spectacles, et cantonné à domicile.

D’aucuns y verront sans doute une anecdote sans intérêt. Le roi règne mais ne gouverne pas, il n’a aucune responsabilité politique et n’aurait eu, présent à Bruxelles, aucun rôle actif dans la prévention d’actes terroristes. Mais justement, s’il ne gouverne pas, il règne. Étranger aux affaires courantes, au-dessus des partis, et comme tel indépendant des luttes et polémiques inhérentes à toute action publique, la force du symbole d’un souverain présent au cœur de sa capitale devenait essentielle.

Le retour en urgence du roi s’imposait évidemment lorsque la nation se trouvait en danger. Même s’il ne s’agissait pas d’un invasion par des troupes étrangères, comme en 1914, il s’agit d’un état de guerre contre des combattants qui haïssent tout ce que l’Occident représente, ses peuples, sa culture, sa religion, des us et coutumes. Parmi lesquels cette monarchie dont on aurait tort, dans notre pays révolutionnaire et républicain, de sous-estimer l’influence et le rôle. Baudoin serait rentré sans hésiter. Il est vrai qu’il a montré durant son règne une force de conviction et un respect de sa fonction qui inspiraient le respect.

À force de rabaisser les souverains européens au niveau de starlettes pour magazines, on oublie qu’ils incarnent la continuité d’une histoire profondément enracinée. Les constitutions qui les cantonnent à un rôle de représentation en ont paradoxalement grandi la fonction.

Elizabeth II, Philippe VI, Charles XVI Gustave ou Harald V sont chefs de l’État par droit héréditaire : non élus, leur irresponsabilité politique les place au-dessus de la mêlée ; elle en fait des chênes profondément ancrés dans le paysage de leur pays, résistants aux tempêtes de l’actualité.

Lorsque la se déchire, le roi reste seul garant de son unité. Sans la monarchie, notre voisine n’aurait-elle pas cédé depuis longtemps à la tentation sécessionniste ? Lorsque nos présidents ne doivent leur élection qu’à des promesses qu’ils savent incapables de tenir, qu’ils gardent un œil rivé au baromètre des sondages et s’occupent dès leur installation de leur réélection, la fonction qu’ils incarnent s’en trouve abaissée. L’exemple français, dans lequel la constitution a institué une monarchie élective, est à ce titre frappant : François Hollande, comme ses prédécesseurs, est un dirigeant impliqué dans l’action politique quotidienne. D’où cette incessante valse de sa courbe de popularité, et le sentiment de son illégitimité ressenti par une large partie de la population. Rien de tel en monarchie.

Souhaitons à nos amis Belges que cette maladresse n’affaiblisse pas une institution dont ils ont besoin, spécialement en période de crise.

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2 décembre 2015

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