En juillet dernier, à la veille de l’attentat de Nice, le tribunal administratif ordonnait à , alors ministre de l’Économie, de rendre publics les avenants au contrat signé le 9 avril 2015 avec les sociétés autoroutières. On se souvient, en effet, que le poète Villepin leur avait offert, en 2006, sur un plateau le pactole des concessions contre « l’engagement » du maintien des tarifs et l’entretien et le développement du réseau.

Le respect des engagements étant au niveau des promesses politiques, la bronca commença à monter… Coups de menton de Manuel Valls, promesses de Ségolène Royal (ministre des Transports), on nous assura que non non non, l’usager ne serait pas plumé. D’où ce nouveau contrat du printemps 2015, arraché au terme “d’âpres négociations”, comme dit la formule. Mais quant à savoir ce qu’il contenait… Mystère. Dans le principe, “en échange de la prolongation des concessions, le gel du tarif des péages en 2015 et une relance de l’investissement dans l’amélioration des axes autoroutiers”. Mais dans la réalité ? Mystère. Raison pour laquelle Raymond Avrillier, un ancien élu écologiste de la ville de Grenoble, avait saisi le tribunal. Comme la loi le permet, cet homme “réclamait depuis plus d’un an au ministre de l’Économie Emmanuel Macron l’accès à ces documents”. En vain.

Et puis Macron est parti. Et puis Valls aussi, et Ségolène Royal continue de faire des moulinets et de débiter des âneries.

Surtout, le 1er février 2017, les usagers des autoroutes devraient avoir une très mauvaise surprise : une hausse du prix des péages de 0,76 % en moyenne, avec d’importantes variations selon les réseaux (jusqu’à 1,2 %). C’est plus que l’inflation. Selon l’association 40 millions d’automobilistes, le prix moyen du kilomètre parcouru sur les autoroutes françaises a augmenté de plus de 16 % sur 10 ans, soit deux fois plus que l’inflation.

Mais il y a mieux encore, et c’est cette fois l’ARAFER (Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières) qui lève le lièvre dans son rapport. Quand elle promettait qu’il n’y aurait pas de hausse des tarifs, et “pas de rattrapage l’année suivante”, Ségolène Royal mentait. Comme le relevait François Lenglet jeudi sur RTL, “il y aura bien un rattrapage prévu dans une clause secrète de l’accord signé à l’époque. Il aura lieu à partir de 2019, et il coûtera à l’automobiliste 500 millions de plus que si l’augmentation avait été faite en 2015”. Vous avez bien lu : 500 millions de plus !

Et plus fort encore : cette clause est “restée sibylline, puisque l’Autorité a dû demander des précisions à l’État sur le détail de l’accord, et que l’État n’a pas répondu”. C’est donc l’ARAFER elle-même qui a dû calculer le surcoût à partir d’estimations !

L’explication de tout cela ? Les sociétés autoroutières se sont littéralement gavées. Quand elles pleuraient misère auprès du gouvernement Valls, leur chiffre d’affaires progressait de 2,5 %. Mieux encore : “Le résultat d’exploitation a progressé de plus de 7 %, malgré le gel des tarifs.” Et que croyez-vous qu’on fît de tout ce pognon (le vôtre) ? “Les dividendes versés aux actionnaires des autoroutiers ont progressé, cette année-là, de 127 %, pour atteindre 3,3 milliards d’euros, c’est-à-dire le tiers du chiffre d’affaires réalisé en 2015.” Des actionnaires qui ont nom principalement les groupes français Vinci et Eiffage, mais aussi une société autoroutière espagnole, Abertis, et un fonds d’investissement australien, Macquarie.

Tout comme l’ARAFER, la Cour des comptes a publié récemment “un rapport au vitriol pour dénoncer l’extraordinaire profitabilité de ces monopoles privés” dont madame Royal a fort aimablement rallongé la concession. L’État en a-t-il tiré les leçons ? Non, bien sûr, puisqu’on est en train de recommencer avec les aéroports ! Une disposition de la loi Macron…

8 décembre 2016

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