a encore frappé. Vaut-il la peine de répondre à l’antienne renvoyant dos à dos l’islam et l’Occident, claironnant que c’est nous qui leur avons déclaré la guerre et qu’ils ne font que se défendre, soit, mot pour mot, le discours de l’État islamique et de ses bons petits soldats terroristes ? Oui, car Gauthier n’est pas seul. Onfray dit presque la même chose. Et Youssef Hindi et Pierre Conesa dans nos colonnes. Ou Alain de Benoist en plus matois.

La verve stylistique n’autorise pas tout, surtout après que 500 personnes, jeunes pour la plupart, ont fait les frais de cette bouillie servie ad nauseam. Il vaut la peine de comprendre les ressorts de ce discours qui défend l’islam et excuse l’islamisme, par haine de l’Occident. Quand certains d’entre eux se disent aussi patriotes, on se dit que, vraiment, ce pays est foutu. Décryptage.

– La culture de l’excuse envers les islamistes, comme Taubira avec les délinquants. C’est la même eau soixante-huitarde, Charlie Hebdo ou Minute, anar de droite ou libertaire de gauche, un nietzschéisme du chaos, la rage de destruction et l’amour invétéré des “dominés”.

– Le relativisme. Être le barbare de l’autre, c’est refuser de hiérarchiser, entre le “nous” et le “eux”, mettre à égalité les cultures et donner un brevet de respectabilité aux assassins, c’est pactiser. Les parents des victimes apprécieront de savoir que leurs enfants sont des barbares parce qu’ils aiment la fête, la musique et la danse et qu’ils ont récolté ce qu’ils ont semé.

– Le confusionnisme, et le ridicule sans bornes, à mettre en parallèle les décapitations chez eux et les avortements chez nous, leurs femmes en Belphégor et les nôtres dévêtues, ou de les comparer aux “révolutionnaires” de 1789 ou de 1917 (où sont les Rousseau et Voltaire, les Marx et Engels qui les inspirent ?).

– L’anachronisme, le péché majeur de tout historien. L’islam ou le christianisme d’aujourd’hui ne sont pas comparables à ce qu’ils furent dans le passé. Les circonstances, le rapport au monde et à la foi ont changé du tout au tout. Ainsi, dire que les iconoclastes chrétiens des premiers temps, c’est pareil que ceux détruisant Palmyre, ou de magnifier l’Occident gréco-latin pour mieux dénigrer l’Occident judéo-chrétien et son avatar judéo-américain.

– Le complotisme. Voir les propos de Youssef Hindi qui confinent au délire sur le sionisme messianique. Rien de nouveau sous le soleil. Tout est de la faute des Américains et des Israéliens (lire : les juifs), c’est le complot judéo-maçonnique et yankee jamais fini.

Se proclamer bon Français et vomir l’Occident à longueur de page en même temps, non, je ne comprends pas ! Comme si la France ne ressortait pas de cet Occident, par ses idéaux révolutionnaires, son libéralisme politique et moral, son amitié (malheureusement) indéfectible avec les États-Unis…

À un moment, il faut choisir son camp et dire que ça suffit. Alain Soral ne s’exprime pas dans les colonnes de Boulevard Voltaire. Dommage, quitte à lire des énormités obsessionnelles qui donnent la nausée, autant avoir l’original plutôt que les copies.

Les islamistes, par leur violence primaire et grégaire, exercent une fascination sur ceux qui, toute leur vie, n’ont fait que suer en vase clos, les étroits d’épaules que Bernanos dénonçait déjà face à Hitler, le “terrible Enchanteur”, le comportement “de l’inverti face au mâle”. Remplacez “inverti” (politiquement incorrect) par “batbou” fragile et vous avez l’explication.

21 novembre 2015

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