Editoriaux - International - Médias - 18 février 2015

Pasco et les meurtriers de la police américaine

La scène se passe à Pasco, une improbable bourgade du Nord-Ouest américain, recouverte de parkings et de sinistres centres commerciaux dont on ne sort jamais, peuplée d’immigrants maintenant. C’est ce que les politiciens américains ont réussi à faire des beaux espaces de l’Ouest américain : une dystopie effrayante, un monde où tout est gris et laid, où tout le monde a peur – du terroriste d’abord, et de la police ensuite -, qui y a tous les droits, comme dans le western Wichita (Un jeu risqué) de Jacques Tourneur.

La police abat, donc, dans le dos un homme désarmé qui semblait apeuré et courait – d’ailleurs pas très vite. Cet homme n’avait rien fait, et pourtant trois flics lui ont tiré à bout portant dessus. Je sais, les imbéciles du monde moderne dont parle si bien Bernanos vont me dire qu’il ne faut pas courir, qu’il faut obtempérer aux farces de l’ordre…

C’est le quatrième meurtre commis en un an dans cette conurbation de la nouvelle d’Obama. Comme la victime n’est pas noire, il n’y a pas eu de manifestation ; les Noirs ont raison de manifester, même si c’est un peu tard pour eux (ils sont remplacés comme les Blancs là-bas, les descendants de l’oncle Tom et de Louis Armstrong), et qu’un million d’entre eux ont connu une mort violente depuis 1945 – record que même l’Afrique du Sud aura du mal à battre. Notre ami et collaborateur Paul Craig Roberts a rappelé que plus de 400 Américains ont été abattus comme des chiens par leur police l’an dernier, sans que cela remue beaucoup les médias sous contrôle de la grande qui donne des leçons de maintien au monde entier. Que n’entendrait-on si la scène avait eu lieu à Moscou, à Kuala Lumpur ou même à Shanghai !

Comme on sait, le rêve américain a depuis longtemps viré au cauchemar (années soixante, Johnson et Nixon) puis à l’irréalité (années Clinton et Bush). Car si les flics tirent, tout le monde filme ces scènes – c’est le même mot, d’ailleurs, en anglais (to shoot), qu’on utilise aussi pour exprimer le fait de se droguer. Je me souviens d’une idiote qui, téléphonant dans sa voiture, se fait menacer par un flic, continue de parler, se fait “taser” comme on dit (cela arrive de plus en plus en France) et continue de commenter la scène à sa copine une fois “tasée”, toujours en gueulant à la mode américaine. C’est le monde d’aujourd’hui, c’est un spectacle. Notre vie et notre mort sont un spectacle car nous n’avons plus la force de les vivre – tout au plus celle de les voir. La police du Nouvel ordre mondial pourra alors continuer de nous abattre.

J’ai dit “irréalité” : si vous visionnez cette vidéo, qui rencontrera moins de succès que les derniers clips de Lady Gaga ou Rihanna, vous verrez que le flic meurtrier menotte ensuite sa victime. Il menotte un mort… C’est le règlement.

La victime était mexicaine, cette fois, et sa famille, qui n’a pas séché ses larmes, réclame une indemnité de 25 millions de dollars à la police de cette jolie conurbation.

Car on reste en Amérique.

https://www.youtube.com/watch?v=y-0uqFTBclo

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