“Y rêvait d’une que y faudrait pas subir/Des parents qui seraient pas des flics ou des curés”, fredonnait en 1980 dans sa chanson « Baston ». Près de quarante années se sont écoulées. Et le voilà qui embrasse un flic et qui se fait tatouer un Christ dans le dos.

Rejeton de flics ! Fils de curetons ! crient quelques-uns de ses fans. Déçus et amers. Tout ça pour ça. Dire qu’en 1975, dégommant Antoine et Dylan, il chantait dans « , tu m’auras pas » : “On les a récupérés/Oui mais moi on m’aura pas/Je tirerai le premier/Et je viserai au bon endroit.” T’as qu’à croire ! Elle l’a bien eu, la société, le vieil anar ! Noyé dans des verres de pastaga avant de ressusciter dans les bras d’un condé. Et d’se faire tatouer ce foutu Jésus. Le même qu’ils ont “crucifié avec trois punaises/Et pi y s’est barré”, comme il chantait au sommet de sa gloire. Reniement ! Trahison ! Vendu ! Renaud le cagot ! L’anar calotin ! L’indic des roussins ! Le bouffeur de corbeaux saoulé au de  !

Voire. Et si Renaud n’était pas, tout simplement, honnête ? Honnête avec lui-même. Honnête avec les autres. Anar ? Sans doute. Gaucho ? Sûrement. Porte-drapeau ? Peut-être. Mais avant tout poète. Troubadour. Saltimbanque. Poulbot au cœur tendre n’oubliant pas “la petite fille des sombres rues”. Et, surtout, artiste dépourvu du travers de ce show-biz pourri : le sectarisme. Le temps s’est écoulé. Mais il a pas passé pour rien. Il a compris. Tout n’est pas blanc. Tout n’est pas noir. Les méchants à . Les gentils à . C’est plus compliqué. À l’image de la vie. Cette foutue vie qui a failli l’quitter.

J’vais vous en lâcher une. Pas n’importe laquelle ! Une belle. Sans trahir aucun secret. L’anecdote a peut-être été oubliée. Mais vous la retrouverez. Vu qu’elle a été publiée. En 1981, sur le plateau de Polac, Renaud éructait : “Crève Minute.” En 2006, j’le dézinguais dans le même canard à propos de sa chanson « Elle est facho ». Là, il a dit : “Bravo Minute, bel article !” On s’est écrit. Plein d’fois. Et y m’a invité à son concert. À deux reprises. On a discuté. “C’est la première fois que j’parle à un mec comme vous. On fréquente pas les mêmes bistrots.” Putain ! Merde alors ! Renaud causant avec un tricard de Minute. Avant d’me donner un entretien pour Le Choc du mois. Reconnaissez-le. C’est pire que d’se bécoter avec une hirondelle en public ou d’se graver le bon Dieu sur la peau. Pourtant, il l’a fait.

Lui et moi, “on s’ra jamais du même côté”, comme y disait à une minette en 1976. D’accord sur rien. Sauf sur l’essentiel. Le temps est assassin. La vie fout l’camp. Encore minot hier. Débris aujourd’hui. À jeter demain. Pas certain d’être admis là-haut par le patron. Trop de conneries sur Terre. Renaud en Jacques Fesch ? Faut pas pousser. Non. Tout simplement honnête. Par les temps qui courent, c’est déjà pas mal.

9 septembre 2016

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