Obama n’aura donc rien résolu. Ni les innombrables séries télé où, bien souvent, le commissaire, le boss, le savant, le gentil sont joués par des acteurs noirs de peau. La fiction a pris un pot d’acide dans les yeux. Pas de perestroïka dans le Missouri. À Ferguson, et dans tous les États-Unis d’Amérique, on va donc continuer à vivre cet Hollywood de sang et de race, loin de l’écran douillet. Émeutes, barbecues de bagnoles, manifs tendues, etc.

Pourtant, la du jeune Michael Brown n’a été qu’un prétexte. Le feu a toujours couvé, même dans ces qu’on a essayé de nous vendre color blind (“daltonien”), post-raciaux festifs. Depuis le début de l’ en du Nord, les deux camps demeurent face à face. Dans le Missouri, Martin Luther King s’est pris une deuxième balle dans le coffre : les noirs se sentent toujours mal chez l’Oncle Sam. Plusieurs siècles après avoir été enchaînés et enfermés dans des plantations, des générations après que le dernier braquemart du petit maître sadique a défloré la dernière gamine esclave, la nation noire s’est développée avec la tristesse d’une femme violée sous la pluie. Pluie de larmes jamais éteinte. Darren Wilson, le flic qui a buté le gosse, a beau être probablement clean dans l’affaire, cela ne changera rien. Habillé pour l’hiver de sa vie, il portera à jamais le costume du Klan ou du petit chef fouet à la main.

Ce qui se passe à Ferguson, c’est l’histoire en fusion, matière brûlante qui pourrait se déverser très vite sur la doulce France. On ne créé pas d’homme hors sol : les forces ténébreuses jaillissent un jour où l’autre des tripes de la Terre. Lovecraft, qui a décrit l’affreux processus, n’était pas qu’un écrivain de l’enfer, il était aussi un historien du futur. Barack Obama, quant à lui, en appelant « à manifester pacifiquement » après la décision du grand jury, n’a pas réussi à sortir de cette histoire cotoneuse et infecte.

La jeune victime était elle aussi engluée dans sa caricature. Selon le témoignage de Darren Wilson, Michael et ses potes, ce soir du 9 août, « marchaient au milieu de la route » et pour l’anecdote, la future victime portait de grandes chaussettes avec des feuilles de canabis pour motif…
Wilson poursuit : « J’avais vu plusieurs voitures essayer de passer, mais elles ne pouvaient pas le faire normalement, parce qu’ils étaient en plein milieu [de la rue]. » Le frêle policeman white s’arrête alors à hauteur du gros balèze black. Michael répond avec dédain quand le flic lui dit que ce serait mieux d’utiliser le trottoir.

Puis il demande poliment à Wilson de fermer sa gueule. Au moment où l’agent sort de son véhicule, Brown essaye de pénétrer dedans et frappe le policier, selon la version de ce dernier. La suite est connue. Le grand jury (9 whites et 3 blacks) a validé la thèse du flic. Peu importe la vérité. Il faut continuer la guerre. Tant qu’il n’y aura pas de perestroïka dans le Missouri.

27 novembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.