Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 4 octobre 2014

Un parti comme les autres

Deux élus frontistes, Stéphane Ravier et David Rachline, font leur entrée au Sénat, confirmant l’ancrage de ce parti dans le paysage politique français. J’entends autour de moi des personnes affirmer qu’il y a danger pour la démocratie. Ne serait-il pas plutôt anormal que 20 à 30 % des suffrages exprimés dans les scrutins ne trouvent aucune expression dans les institutions de la République ? Et ceux qui s’en offusquent au nom de je ne sais quelle valeur républicaine, et qui sont aussi les premiers à refuser une dose de proportionnelle, peuvent-ils encore se dire démocrates ?

Ce n’est d’ailleurs pas seulement dans le paysage politique que le Front national progresse, il fait son lit dans l’ensemble de la société civile, dans toutes les couches de la population : agriculteurs, artisans, commerçants, patrons de PME, cadres, universitaires, professions libérales, enseignants, étudiants et lycéens. Cette réalité, il faut désormais l’accepter. On parle d’un vote protestataire, d’une radicalisation locale et nationale grandissante. Mais pourquoi voudrait-on que les électeurs soient immatures, guidés par la peur, et ne votent pas en fonction de leurs convictions ?

Récupérer des pans de souveraineté délégués à Bruxelles, lutter à armes égales avec nos concurrents sur le plan économique, réguler les flux migratoires et lutter contre l’insécurité, favoriser la préférence nationale et l’État-nation, valoriser le patrimoine et l’identité française, est-ce revenir aux « heures sombres » de notre histoire ? Qui a dit qu’il fallait fermer les frontières, ne plus commercer avec nos partenaires européens, ne plus accueillir d’étrangers sur notre territoire ? Voici une vision bien caricaturale.

Ce qui pose problème pour nos dirigeants, c’est que ce parti va à contre-courant de la pensée économique ultra-libérale, dominante depuis une trentaine d’années. Une « doxa » pour qui tout se mesure à l’aune du marché – hommes, services, capitaux – et pour qui il n’existe d’autre alternative crédible que l’ouverture à la mondialisation. Le philosophe Cornelius Castoriadis (décédé à Paris il y a 17 ans) parlait d’une « clôture de l’imaginaire institué », une sorte d’aliénation collective où l’imaginaire d’une société se trouve, à un moment donné, bloqué parce qu’il n’existe plus de questions en suspens, ou plutôt parce que la manière de penser et d’agir est socialement imposée. Les « experts » en politique et en économie persuadent les gens qu’ils ne peuvent pas imaginer autre chose que ce qui existe, empêchant ainsi toute remise en cause des institutions. Nous y sommes.

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