Discours - Editoriaux - Médias - Politique - Religion - Sciences - Sport - Table - 28 octobre 2016

Parole, paroles !

Les Juppé, Sarkozy, Fillon, Hollande, Valls et consorts ne cessent de parler, de discourir, de s’exprimer, d’émettre des avis, des opinions, de formuler des projets. Dans ce vacarme assourdissant, envahissant, omniprésent, la parole publique est discréditée ; elle est devenue mystificatrice, menteuse, calculatrice, manipulatrice.

La vie de nos hommes politiques est réduite à des discours, des interviews et des confidences. Quand réfléchissent-ils ? Quand prennent-ils le temps d’agir ? Quand décident-ils ? Obnubilés et accaparés par leurs bons mots et leurs analyses, ils ont abandonné leur pouvoir à des fonctionnaires qui, à l’inverse de ce qui se passe aux États-Unis, ne changent pas au rythme de l’alternance politique.

Véritable jeu de rôle, leur exercice de la parole est éphémère, répétitif, monotone, lancinant, stéréotypé. Devenue un exercice périlleux, épiée, fragile, contestée, analysée, décortiquée, elle est soumise au tribunal médiatique de la bonne conscience et du conformisme. Singulier renversement de l’usage de la plus belle et la plus haute capacité de l’être humain !

Autrefois, la parole était le verbe, au sens le plus noble du terme ; l’expression du logos. Ce verbe qui, pour la religion du même nom dans laquelle notre civilisation a forgé son identité, s’était fait chair en Jésus-Christ. Apanage de l’orateur, elle était judiciaire, politique et religieuse. Parole de l’avocat qui devait convaincre un juge, du parlementaire qui devait emporter une majorité ou encore du prêtre qui devait entraîner des consciences. Elle était une action. Elle est devenue la banale expression d’hommes et de femmes en quête de reconnaissance et de pouvoir. Parole galvaudée, diminuée, dévalorisée.

Ayant envahi la sphère publique et médiatique, elle s’est vulgarisée en même temps qu’elle s’est dénaturée, désacralisée. Elle était rare et précieuse. Elle est devenue prolifique, commune et vulgaire. Elle n’est plus que du buzz, un bruit inaudible et insupportable pour la majorité de nos concitoyens.

Que nous importe de savoir ce qu’ils pensent ! À quoi nous sert-il de les entendre s’exprimer sur tout et sur rien. D’autant que, concurrencés sur leur territoire propre par des chanteurs, des acteurs, des sportifs et autres professionnels de l’agitation d’une cité qui se croient autorisés à donner leur avis sur tout, nos hommes politiques ont chu. Chacun donne, d’ailleurs, son avis sur tout, sans modestie, souvent sans pertinence ; le jeu étant devenu celui de l’irrévérence et de l’impertinence ! Parole banale et méprisée…

Ce bruit diffusé par les médias est devenu celui d’une confession permanente et d’une justification continuelle. Il est en même temps le lieu d’une lutte, d’une guerre, d’un combat mené par les histrions du système médiatique pour essayer de faire trébucher et de confondre les élus et les candidats à l’élection. Bruit éphémère, dérisoire, consternant.

Il n’y a plus de place ni de temps pour le silence. Le vrai silence qui consiste à écouter la voix intérieure de la conscience, de l’expression du dialogue intime qui permet de progresser dans l’analyse des choses et des autres, voire, pour les croyants, de celle de Dieu. Impossible silence ! Sans le silence, toute approche apaisée, réfléchie et saine du monde, des autres et des affres de l’humanité est impossible.

Alors, à tous nos candidats, ministres, députés et Président : taisez-vous ! Essayez d’être, de penser, d’avoir de véritables opinions personnelles, de renoncer à développer des programmes attrape-tout. Préparez-vous à agir. Montrez-nous qui vous êtes vraiment. Justifiez-nous de votre aptitude à décider, à trancher, à aiguiser votre intelligence et votre lucidité. Fermez leur clapet à ces journalistes qui n’ont aucune autorité ni aucune légitimité pour vous juger. Présentez-vous au suffrage universel dans la nudité de vos consciences et de vos êtres, avec vos convictions, vos ambitions et votre vision de l’avenir. Ce sera plus vrai, et sans doute plus utile au pays !

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