Un mauvais esprit verrait, dans la mesure mise en œuvre à Paris aujourd’hui, la vengeance de la gauche bobo parisienne. Les vieilles autos d’avant 1997 sont interdites dans la capitale. Elles sont sales, elles polluent. Ce sont des voitures de vieux qui ne veulent plus en changer parce que c’est trop tard et qu’on aime ses habitudes et ses souvenirs, passé un certain âge. Ce sont des voitures de pauvres, parce qu’elles ne valent plus grand-chose et qu’on n’a pas les moyens d’en acheter une autre. Bref, ce sont des voitures de sans-dents, les mêmes (les vieux et les pauvres, les salauds) qui ont voté le Brexit en Angleterre. D’ailleurs, les bobos qui ont une belle voiture de collection qui pollue à mort pourront toujours la faire rouler. Comme les œuvres d’art pour l’ISF, les menus plaisirs de la coterie bien en cour dans la capitale n’ont pas de prix et ne sauraient donc être taxés. L’honnêteté nous oblige à reconnaître que la décision a été prise avant le Brexit, mais quand même, cette discrimination désinvolte à l’encontre de ceux qui n’ont pas les moyens devrait interroger sur le devenir de la gauche, dans la capitale plus qu’ailleurs. […] ce n’est pas le geste de dame patronnesse de Mme Hidalgo qui va masquer l’évolution : toujours généreuse avec l’argent des autres, madame le maire va octroyer une compensation aux conducteurs spoliés de leur droit de circuler librement dans leur voiture assurée par leur soin : 400 euros pour prendre le métro ou le bus, voire une voiture électrique ou un vélo. […]

Mais le château municipal a ses préférences et ses exigences. La ville offre un visage de plus en plus repoussant avec les tags qui envahissent certains quartiers, par exemple autour de la place de la République et de sa statue complètement dégradée par les gauchistes de Nuit debout. À leur égard, la municipalité montre une complaisance qui n’a d’égale que sa dureté à l’encontre des automobilistes. Mme Hidalgo ose le mot « éradiquer » à propos des pollueurs et de leurs voitures de vingt ans. Les tagueurs sont aussi des pollueurs. Le spectacle des SDF et des mendiants, de plus en plus nombreux, ne semble pas l’émouvoir non plus. Non, la priorité est à la symbolique écolo, à l’urgence de lutter contre les 5 % d’oxyde d’azote et les 3 % de particules fines produits par les 50 000 véhicules (un sur sept) parisiens sommés de rester au garage dans la journée et hors week-end. Le périphérique n’est pas concerné par l’interdiction. Et l’on voudrait nous faire croire que cette mesure infinitésimale aura des répercussions sur la santé des Parisiens, leur fera gagner quelques semaines de vie, comme si l’on pouvait isoler ce facteur et établir un lien sérieux avec la mortalité. […]

L’éviction des véhicules réputés polluants de notre belle capitale est un symbole et un aveu. Ce n’est pas une mesure de santé publique, mais un geste interne à la gauche, un cadeau du PS aux écolos. Ceux-ci peuvent donner libre cours à l’inconscient rougeoyant sous l’écorce verte : on interdit, on punit, on discrimine. C’est la liberté et l’égalité qu’on éradique, plus que les voitures !

3 juillet 2016

Partager

À lire aussi

Il y a bien plus inquiétant, pour notre pays, que ce virus !

Le conflit majeur de notre époque, en Occident, est celui du progressisme et du conservati…