Le temps où les routes étaient plates est révolu. Désormais, les traversées de villes et villages sont agrémentées de bosses, monticules et obstacles d’une infinie variété. À quoi ressemblera le prochain ralentisseur ? demande l’automobiliste toujours avide d’imprévus. À l’arrière, les enfants battent des mains. Sera-ce une rigole, un tas de pavés, un dos d’âne, le maire de la commune allongé à même l’asphalte ? Sur le dos de quel âne allons-nous devoir rouler ?

Les communes ne reculent devant aucun sacrifice pour nous voir ralentir… Une imagination ! Un budget ! Des carrés, des ronds, des au milieu, des en travers, des en plastique, en acier, en bois… Les soirs d’hiver au coin du feu, chacun y va de son ralentisseur fait main en prévision des touristes qu’il va falloir secouer copieusement à la belle saison. En ville, aussi. On secoue l’automobiliste de passage. Tous les 25 mètres de préférence. Distance nécessaire pour que les passagers aient le temps de récupérer et se préparer au prochain sursaut dont ils ne connaissent pas l’amplitude car, à l’inverse des courses hippiques, la hauteur des obstacles est variable. Laissée à l’appréciation du bâtisseur… De bonne humeur : 5 cm. De mauvais poil : 30 cm. En dépression : un mur.

La règle du « ça dépend » faisant loi, l’enquête du magazine Auto Plus arrive à point nommé pour dénoncer l’anarchie ralentisseuse des routes de France. Résultat de l’observation effectuée par des spécialistes actuellement en convalescence suite à un tassement de vertèbres : 1/3 des ralentisseurs sont illégaux. Trop hauts, trop raides, non signalés. La foire. Mais comme le rappelle Auto Plus, la législation est précise : pas plus de
10 cm et exclusivement dans les zones 30. Que les non écrasés qui ont respecté la consigne lèvent le doigt.

Contrôlé, radarisé, verbalisé et maintenant secoué, l’automobiliste est le seul à faire face à une répression intraitable. Tout un chacun peut se défouler et le faire sursauter au gré de sa fantaisie. Lui faire contourner un machin quand la route est droite, le faire bondir lorsqu’elle est plate… Tout est permis. En ces temps de délinquance explosive, se venger sur le premier couillon qui passe est devenu le hobby préféré des auto-irrités. Mieux que la pétanque, l’activité présente l’avantage de se délecter du contribuable en proie à des spasmes auto-programmés. Il bondit, il sursaute, se tasse puis rebondit, c’est un bonheur. Amortisseurs flingués, pot d’échappement raclé, objectif 3 km/h : vitesse d’un véhicule de 900 kg poussé par une en bonne santé. Un idéal sécuritaire qui verra enfin des riverains épargnés et des automobilistes traverser villes et villages la au ventre, épiant d’éventuels tirs de mortier, guettant un possible pont-levis, des jets d’huile bouillante sur le capot de la BM en feu… Enfin la vraie sécurité !

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8 octobre 2013

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