Si, un jour, vous avez eu à solliciter le maire de votre commune, la secrétaire de mairie vous aura donné un rendez-vous en bonne et due forme, tel jour, telle heure. Cela ne se passe pas toujours ainsi.

Environ 400 sans-papiers, sous la houlette du collectif éponyme de , ont fait irruption, le 17 mai, dans les locaux de la mairie du VIIe arrondissement, pour demander la régularisation de 1.100 personnes. Brigitte Kuster, maire en opération de tractage à l’extérieur, est revenue séance tenante à l’hôtel de ville : pas question de faire poireauter dans ses locaux 400 personnes venues sans rendez-vous ; on ne sait jamais ce qu’il pourrait arriver.

“Ce n’est pas parce qu’il y a pression qu’il y a régularisation massive”, leur a-t-elle expliqué. C’est bien dit. Mais, sans doute, ces 400 au grand jour ont-ils toujours dans les oreilles le discours du candidat Hollande excluant toute “régularisation de masse”, et n’ont-ils pas eu vent de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l’Intérieur, assouplissant les conditions de régularisation ? Si vous vivez dans la clandestinité depuis cinq ans et que vos enfants sont scolarisés depuis trois ans, si vous êtes salarié clandestin mais que vous êtes en mesure de fournir des fiches de paie – ce qui est, il faut bien l’admettre, un peu compliqué aussi –, vous aurez droit à des papiers.

Près de 12.000 régularisations en plus en 2013 par le truchement d’un titre de séjour, soit une hausse de 51 % par rapport à 2012, et un chiffre total estimé à 45.000 pour 2013, cela devrait rassurer nos 400 occupants de la mairie…

Et si l’objet de leurs inquiétudes ne portait pas seulement sur la régularisation mais aussi sur le délai pour la décrocher ? Il faut dire que sur 300.000 à 400.000 étrangers en situation irrégulière en attente de papiers, l’impatience de ces 1.100 personnes a de quoi être attisée.

Il faut les comprendre, nos clandestins : la circulaire de du 3 janvier 2014 est encore trop timorée : elle enjoint les préfets à réduire les déplacements des étrangers en préfecture — lieu qui décide des régularisations et non les mairies, comme l’expliquera Brigitte Kuster à la marée humaine — et rallonge la durée du récépissé de primo-délivrance du titre de séjour, lequel passe de 4 à 6 mois. Quoi ? Trop long, beaucoup trop long !

Alors, évidemment, pour éviter à la pauvre secrétaire de mairie de voir exploser son planning et de ne pas infliger à madame le maire 400 entretiens désespérément répétitifs, il valait mieux faire une demande groupée. Ensemble, on est tellement plus fort !

19 mai 2014

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