Editoriaux - People - Politique - Religion - Table - 15 mars 2014

Pape François, souverain pontife ou simple curé du bout du monde ?

Aujourd’hui, le pape François, très populaire, est un sujet vendeur, et l’anniversaire de son élection fait couler des fleuves d’encre médiatique. Ainsi, en Italie, vient de paraître un nouveau magazine « people » qui lui est entièrement consacré, « Il Mio Papa » (Mon Pape) ! Pas sûr qu’il apprécie…

Mais au fond, qui est le pape François ? Un pape chaleureux, latino-américain, naturel, direct, mais aussi un pape au fort caractère ; un homme de gouvernement, qui n’hésite pas à lancer la réforme de la Curie que Benoit XVI n’a pas eu la force de mettre en œuvre, qui ne craint pas de bousculer le Vatican, dont il connaît peu les usages, quitte à le déstabiliser. Un pape, enfin, qui se présente plus souvent comme l’évêque de Rome alors qu’il règne sur un milliard deux cents millions de catholiques. Un homme rusé, comme il le dit lui-même, mais aussi parfois imprudent : on en veut pour preuve l’entretien à bâtons rompus avec le fondateur du quotidien La Repubblica, Eugenio Scalfari (athée de gauche), retranscrit par ce dernier… de mémoire, sans notes ni enregistrement, avec les approximations périlleuses que l’on imagine.

François est donc un homme de paradoxes qui prêche sans cesse d’aller « aux périphéries de l’existence », vers les exclus et les non-croyants, mais qui parle comme un curé de campagne (« Arrêtez de cancaner à la sortie de la
messe !
» , « Allez vous confesser ! »). Un pape qui exalte le sacrifice de la Croix et qui veut remettre « le Christ au centre » mais que n’intéresse pas la liturgie, qui est pourtant l’expression accomplie de la « Gloire de Dieu et de la sanctification de l’homme » (Mgr Marini). Un pape que l’on sent d’abord soucieux d’une chrétienté décentrée, asiatique, africaine, latino-américaine, continents où se trouvent la majorité des catholiques, alors que la vieille Europe, sécularisée et déchristianisée, en proie à toutes les folies législatives, a un besoin urgent, vital de réévangélisation. Un pape qui, par un charisme indéniable, a maintenu la papauté au centre de l’attention médiatique. D’où lui vient cette popularité qui ne faiblit pas ? Selon Sandro Magister, éminent vaticaniste, « elle peut être liée au fait que le pape prêche un évangile très acceptable, facile, miséricordieux. Ce n’est pas un homme de conflit. »

Cependant, peu ou prou, la grille d’analyse médiatique des premiers actes du pape François est toujours la même : temporelle, politique, terre à terre. Alors, rupture ou continuité entre les deux pontificats ? Et pour les questions de la famille, doctrine « rigoriste » ou bien empathie et miséricorde ? Cette dialectique, cette pensée binaire qui fait s’opposer des blocs n’est pas, à proprement parler, chrétienne. Elle est artificielle. Elle ignore la profonde cohérence de la doctrine chrétienne pour laquelle la morale n’est pas constituée d’une série d’interdits et d’exclusives vides de sens mais un moyen pour l’homme de vivre en conformité avec sa foi, d’exhausser sa nature. À trop vouloir s’approcher d’un monde sans Dieu qui leur est hostile, on peut craindre que certains catholiques et leurs pasteurs, voire le pape lui-même, n’adoptent, en croyant la soumettre, cette dialectique. Et la forte personnalisation de la fonction pontificale initiée par François dès son élection, comme Jean-Paul II en son temps, n’aide pas à dissiper le malentendu.

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