Le ministère des Finances a demandé « des explications » à la Société générale. La banque s’est défendue en indiquant que les quelques dizaines de sociétés offshore créées pour ses clients via le cabinet Mossack Fonseca étaient gérées de façon transparente.

Mais personne ne se souvient que le Crédit lyonnais a acquis, via des sociétés offshore, Adidas alors que l’affaire a pourtant été rejugée récemment. La banque, via ce montage opaque, a revendu Adidas en engrangeant une plus-value de près de 2,5 milliards de francs. En outre, il y a aussi l’affaire Executive Life dans laquelle le Crédit lyonnais a utilisé un système de sociétés offshore.

D’abord, revenons sur l’affaire dite « Tapie » : 1992, Bernard Tapie, devenu ministre, qui souhaitait vendre Adidas (à la demande du gouvernement), confia un mandat de vente à la SDBO, filiale du Crédit lyonnais. Ce dernier vendit Adidas pour Tapie en 1993, au prix de 2 milliards de francs par un montage offshore.

Ce montage était discutable, comme l’a relevé la cour d’appel de en 2005 : « L’obligation d’informer son mandataire, le devoir de loyauté et de transparence et le souci de la déontologie de toute banqu, en particulier d’affaires, exigeaient de faire connaître à monsieur Tapie, client bénéficiant d’une aide financière considérable et constante depuis 1977 d’une part, qu’un repreneur avait été contacté pour assurer le management d’Adidas, qu’il était éventuellement acheteur à un terme proche, deux ans au plus, pour un prix de 4 milliards 485 millions de francs, à comparer aux 2 milliards 85 millions de francs du mandat, et d’autre part, que le Lyonnais était prêt à financer l’opération. » Par ailleurs, l’article 1596 du Code civil interdit aux mandataires d’acquérir les biens qu’ils sont chargés de vendre.

Enfin, peu de médias se sont posés la question de savoir si la plus-value de 2,5 milliards réalisée via des sociétés offshore de la banque a été fiscalisée en France ?

En deuxième lieu, dans l’affaire Executive Life, le Crédit lyonnais a utilisé un système similaire de portage dans des sociétés écrans offshore pour contourner la loi américaine. Le Consortium de réalisation a payé 770 millions de dollars d’amende en 2003 et Jean Peyrelevade a dû payer 500.000 dollars d’amende.

Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, a dénoncé ces pratiques du Crédit Lyonnais. Interrogé le 4 juin 2013, il avait indiqué que Peyrelevade reconnaissait devant le juge avoir fait, comme président du Crédit lyonnais, du “portage, c’est-à-dire créer des sociétés dans les paradis fiscaux”. Il a d’ailleurs porté plainte le 13 juillet 2013 pour des pressions auxquelles il aurait été soumis. Il a raconté, lors de son audition, avoir reçu la visite d’un ancien dirigeant du Club des amis de Chirac, disant venir le voir de la part de l’ancien président du Crédit lyonnais. “Peyrelevade m’a chargé de vous dire de faire très attention”, a dit Pierre Habib-Deloncle, selon le récit de Pierre Mazeaud aux enquêteurs.

Si le Crédit lyonnais est peu inquiété, c’est simplement que le charger reviendrait à redonner de la force aux arguments de Tapie.

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