Quand les barbares s’approchèrent de Palmyre, nous avons tremblé.
Quand ils s’emparèrent de Palmyre, nous nous sommes effrayés.
Quand ils dynamitèrent le temple de Baalshamin, nous nous sommes indignés.
Quand ils assassinèrent, brûlèrent, amputèrent, égorgèrent, décapitèrent, nous avons poussé des cris d’orfraie.
Quand ils supplicièrent Khaled Assaad, 82 ans, ancien directeur général du département des Antiquités et des musées de Syrie, nous avons versé des larmes.

Mais qu’avons-nous fait de concret ? Avons-nous levé le petit doigt ? Hélas ! Nous étions comme tétanisés par ce déchaînement de violence. Tel l’oiseau fasciné par le regard du serpent. Déjà consentants. Et le serpent le sait.
Ils jouent sur du velours. Après tout, Palmyre, c’est bien loin de Paris, de Londres, de Berlin. Bien loin en kilomètres, et surtout bien loin en siècles. Pour comprendre Palmyre, pour aimer Palmyre, pour tenir à Palmyre, il faut quand même avoir quelque bagage culturel, il faut s’intéresser à l’art, à la littérature, à l’histoire gréco-romaine. Et là, c’est la débâcle. Nos amis « républicains » se persuadent et veulent nous persuader que le monde est né en 1789, voire 1793 (quand nous aussi nous coupions les têtes, alors, pourquoi se gêner ?). Avant, c’était le déluge. Enfin, pas tout à fait. Il y a eu le Coran.

Et l’exemple vient de haut. Prenez Alain Juppé, à qui Marianne est promise, paraît-il, et qui se voit déjà lui passer la bague au doigt dans moins de deux ans. Eh bien, cet agrégé de lettres classiques, et néanmoins énarque, qui déplorait naguère, avec force trémolos dans la voix, la menace qui pèse sur les humanités classiques (voir son blog du 21.08.2010), s’attire aujourd’hui pour ses propositions sur l’école les compliments de Madame Vallaud-Belkacem, dont l’on sait quel traitement elle réserve à l’enseignement des langues anciennes dans nos lycées et collèges : la solution finale. Cette sorte d’adoubement n’est sans doute pas du meilleur augure. On a même vu « le meilleur d’entre nous » déclarer l’autre jour à la télévision qu’il fallait se mettre de toute urgence à la lecture… de Virgile ? Non, du Coran. Alors, vite, jetons Virgile aux orties, si ce n’est déjà fait, et courons tous à nos Corans.

Avec François Hollande, pur produit lui aussi de la sacro-sainte énarchie (ils sont nés pour nous gouverner), c’est autre chose (ou pas). Là où son successeur présomptif se trompait de livre, lui, François, se trompe simplement d’adversaire. Palmyre est attaquée, Palmyre est occupée, Palmyre est martyrisée. Alors, sus à Daech ? Vous n’y pensez pas : la priorité, c’est de « neutraliser Bachar ». Neutraliser, quel joli mot pour dire exterminer. Or, exterminer Bachar, c’est exactement ce que veut faire Daech. Comprenne qui pourra.

Et la France, que dit-elle dans tout cela ? La France, elle dort, ne la réveillez-pas. À la France des croisades a succédé la France des croisières. Et nous avons de bons capitaines…

Palmyre, qui s’en soucie ?

1 septembre 2015

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