Editoriaux - Histoire - International - Table - Théâtre - 20 août 2015

Palmyre : la colère et l’effroi

Les Phéniciens, les Grecs, les Romains, l’empereur Aurélien, la reine Zénobie, les Byzantins, les califes ommeyades, les émirs seldjoukides, les sultans mamelouks, tous sont passés par là, tous ont marqué de leur empreinte cette oasis dans le désert syrien, et les incomparables monuments de la fabuleuse Palmyre sont les témoins parlants d’une histoire deux fois millénaire, qui disent dans leur langage de pierre la fragilité des civilisations, la succession des temps, la diversité et l’unité de l’espèce.

À quatre-vingt-deux ans, Khaled Assaad était la mémoire – la mémoire vivante – de la ville légendaire. Pendant quarante ans, de 1963 à 2003, il avait été le directeur du site antique. Il n’avait pu se résoudre, lorsqu’en mai dernier les assassins prirent possession de Palmyre, à quitter des yeux le trésor dont il avait été le gardien, sachant pourtant ce qu’il risquait, de quels crimes il s’était rendu coupable et de quelle manière Daech punit ceux qui ne baissent pas les yeux devant ses armes et ne plient pas le genou devant ses lois.

Khaled Assaad avait représenté son pays dans les conférences internationales, il avait reçu et guidé sur le site les éphémères grands de ce monde, il avait préservé et mis en valeur les temples, les colonnades, les théâtres, les forums, les statues, qui sont aux yeux des brutes illettrées de l’État islamique, adorateurs du néant, autant de blasphèmes et d’idoles à éliminer. Le sort de cet humaniste, parce qu’humaniste, était écrit depuis le premier jour de l’occupation djihadiste. Sa mission était de conserver et leur rage est de détruire.

L’exemple, la vie et la vue même de ce sage, de cet érudit pacifique, leur étaient une provocation insupportable. L’incendiaire de la Bibliothèque auquel s’adresse le beau poème de Victor Hugo ne sait pas lire : il y met donc le feu. Les monstres fabriqués par le Frankenstein islamiste ne savent pas vivre. Alors, ils tuent.

Que pèsent, face au crime, les pauvres mots du chagrin et de la pitié ? Devant le meurtre abject de Khaled Aassad, succédant à tant d’autres horreurs, il n’y a plus de place que pour deux sentiments : l’effroi et la colère.

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