La goutte qui fit déborder le vase en ce qui me concerne, presque deux décennies en arrière, fut cet article publié dans un quotidien à grand tirage aujourd’hui disparu, où un Algérien expliquait le million de raisons d’avoir honte d’être français. Un peu exaspéré, bien que l’article ne s’adressât pas directement à votre humble serviteur batave, je pris une plume de lecteur outragé pour un courrier bien senti.

Je situe la genèse pathologique française (du devoir) de la haine de soi à l’arrivée de la au pouvoir en 1981 (date ne prenant pas en compte la période d’incubation et ses poussées soixante-huitardes). Un peu comme si les plus grands malades avaient fait main basse sur la direction de l’hôpital psychiatrique.

Depuis, l’ a fait son chemin et, si toute honte doit être bue, c’est aujourd’hui à l’échelle du continent. Des aux camions de la honte, en passant par les plages et ses noyés, sans oublier les murs, les barbelés ou autres forteresses (toujours de la honte), le mot fait l’objet d’un feu d’artifice éditorial pour ne pas dire dictatorial, et concurrence dangereusement l’amalgame, la discrimination ou le nauséabond, sans oublier le xénophobe ainsi que ce grand classique : le .

“Si l’on devait nommer les deux sentiments les plus puissants dans la mésestime de soi, ce serait sûrement la honte et la culpabilité” [Source].

“On considère couramment que la fierté est, par définition, un sentiment noble, voire une vertu. Cette opinion s’appuie […] sur le fait que le sentiment contraire, la honte, est évidemment négatif” [Source]. 

Chers concitoyens français, européens, politiques et idéologues nous invitent donc massivement, en tripotant ainsi les ego, et souvent d’ailleurs au titre de leur propre incompétence, à nous mésestimer et nous complaire dans un sentiment négatif à notre égard, à ne pas nous focaliser sur la fierté et autres vertus rétrogrades. Sauf quand les tartuffes aux commandes nous somment de « manger français » ou de nous « habiller français », bref, d’acheter français lorsque telle ou telle catégorie professionnelle a son périodique coup de sang. Brusquement, les règles changent : “Par ici la préférence nationale, messieurs-dames ! Qui veut ma préférence nationale ? Elle est tiède, elle sort du four, par ici ! Et n’oubliez pas : méfiez vous des extrêmes !” À en croire nos politiques et nos idéologues, nous serions donc « éhontés » : « qui est sans honte ». Ainsi, lorsque monsieur Attali (exemple parmi d’autres) invoque une “qui fait honte à l’Europe” (L’Express, 9 septembre), il nous invite à éprouver de la honte en tant qu’Européen, ou à éprouver de la honte si l’on ne partage pas son opinion sur la question.

À la fin des fins, il y a cette façon « éhontée » d’invoquer la « honte » en notre nom, sur notre dos, à nos dépens. Voyez vous, depuis deux décennies, tant de monde est passé sur ces mots prostitués à tous les vents, retapés, maquillés par leurs maquereaux politiques, qu’en les apercevant au loin nous préférons désormais changer résolument de trottoir, quoi qu’il arrive, et emprunter le côté fier de la rue, au grand dam de monsieur Attali.

26 septembre 2015

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