Entretien réalisé par Hamid Zanaz

Ludovic-Mohamed Zahed et Qiyaam, tous deux résidant en et de confession musulmane, ont été unis symboliquement par un imam dans un appartement à Sevran, en . Pendant la cérémonie, un de leurs amis a récité le Notre Père chrétien et un autre une prière hébraïque.

Ludovic-Mohamed Zahed, doctorant en anthropologie, prépare une thèse sur l’homosexualité dans l’. D’origine algérienne, il a également créé l’association Homosexuels musulmans de France (HM2F) qui prône le dialogue entre les religions. Qiyaam, son conjoint, est d’origine sud-africaine .

En France, vous êtes le premier musulman à vous être marié religieusement à un homme. Victoire contre l’archaïsme islamique ?

Je ne parlerai pas de victoire contre l’, mais au contraire d’une victoire contre l’homophobie, par le biais d’un islam conçu comme philosophie de vie et tradition spirituelle encourageant l’autodéfinition et l’autodétermination, comme une révolution contre les “idoles” sociales que sont les privilèges des uns et la discrimination des autres.

Dans votre livre, Le Coran et la chair, vous racontez votre épineux parcours. C’est un peu “dingue” de naître homosexuel dans une famille islamique ?

En , l’un de mes oncles m’a menacé de parce que j’aurais “choisi” d’être homosexuel ; il a également menacé de mort plusieurs membres de ma famille, notamment une tante – sa sœur – pour de viles questions d’héritage. Qu’est-ce que toute cette haine et cette représentation patriarcale d’une masculinité conçue comme toute-puissante, hégémonique, despotique, peut bien avoir à faire avec l’islam ? De plus, selon moi, l’homosexualité, quoi qu’on en dise, n’est pas un choix ; et il faudrait être fou pour choisir d’être homosexuel lorsque l’on vient de mon milieu socioculturel. Bien heureusement, ici en France, ce n’est plus un délit. Il ne tient qu’à nous de faire renaître l’islam, le désir ardent d’Allah, qui brûle en certains d’entre nous.

L’actuelle éthique islamique condamne l’homosexualité, mais en fait, rien dans l’islam ou le Coran ne l’interdit. Mais ne trouvez-vous pas que vous êtes vraiment à contre-Coran ? N’avez-vous pas senti un jour une panne du Coran ?

C’est l’interprétation puritaine du Coran, niant aujourd’hui la sexualité des femmes et rejetant violemment le caractère naturel de l’homosexualité, qui est à contre-Coran. La nouveauté, ce sont des sociétés arabo-musulmanes, et africaines de manière générale, qui défendent des articles de loi homophobes, le plus souvent imposés par des pouvoirs coloniaux européens, à une époque où c’étaient les Européens qui s’offusquaient de la tolérance et de l’ouverture d’esprit des musulmans en matière de et de sexualité. C’est ce que je qualifie dans mon ouvrage de « sincère schizophrénie » ; en réalité, l’islam peut être compris comme une éthique universaliste, humaniste, au-delà de toutes catégories sociales oppressives, au-delà de tous stéréotypes.

Vous apparaissez être un charmant jeune homme épanoui. Comment avez-vous pu supporter ce cocktail infernal : homosexuel, musulman, arabe, séropositif, hajj, imam, psychologue, anthropologue, tout en portant le prénom du prophète ?

Seul Allah m’aide à tenir le coup au quotidien et à me rappeler, que l’on soit croyant ou pas, que cette existence terrestre n’est qu’un passage, une façon de faire mûrir nos consciences humaines.

Étant psychologue, et au vu de l’expérience racontée dans votre livre, ne trouvez-pas que l’idéologie et la pratique liées à l’islam l’ont presque rendu comme une maladie mentale ?

C’est Freud, le premier, qui faisait un parallèle entre l’extrémisme religieux, fanatique et dogmatique, et la maladie mentale. Le malheur, c’est qu’aujourd’hui, que l’on soit croyant ou non, l’on oublie souvent que le dogme – qui par définition ne peut être remis en question – n’a rien à voir avec la quête spirituelle, fondée, par définition, sur une charia” faite de remise en question des “idoles”, des préjugés, des phobies : la voie sur laquelle l’on évolue vers l’incommensurable amour d’Allah.

31 octobre 2013

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