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Afin d’accompagner dans sa lecture un jeune ami et voisin dont le professeur a inscrit La Peste à son programme du bac de français, j’ai été amené à rouvrir – ce que je n’avais pas fait depuis mon adolescence – le célèbre roman de Camus. Une relecture bénéfique et féconde. Albert Camus, qui a écrit son livre durant la Seconde Guerre mondiale (commencé en 1942, celui-ci est publié en 1947), y a versé des réflexions précieuses, inspirées par les événements vécus. Il l’a en particulier nourri de son expérience personnelle de résistant.

Camus a fait en sorte de conférer à son livre le caractère d’une fable universelle et intemporelle. Car la peste, ou le fléau, est ici pour l’auteur l’allégorie des différents maux qui meurtrissaient et continuent de meurtrir la pauvre humanité : non seulement la guerre, mais aussi le totalitarisme, de droite ou de gauche, la dictature et l’oppression sous toutes ses formes…

Tout particulièrement, ces quelques lignes m’ont paru étonnamment d’actualité…

« Quand une guerre éclate, les gens disent : “Ça ne durera pas, c’est trop bête.” Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. […] Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. »

En lisant cet extrait, j’ai été frappé par sa pertinence et son actualité. L’aveuglement obstiné, le refus de voir et d’envisager lucidement les périls sont bien de toutes les époques. Le islamiste, entend-on couramment, ne durera pas, va passer : il suffira de bombarder le temps qu’il faudra les territoires occupés par l’ pour en avoir facilement raison. Quelle naïveté ! Le terreau qui nourrit le djihadisme made in France n’a-t-il pas pourtant été suffisamment alimenté depuis des années par l’irresponsabilité de nos hommes politiques pour que ne continuent de se lever parmi nous, quoi qu’il arrive, des ennemis irréductibles de notre civilisation, déterminés à tout prix à l’abattre ?

On aura noté la pointe d’acrimonie toute particulière qu’exprime Camus à l’encontre de ceux qu’ironiquement il appelle les « humanistes », les belles âmes bien-pensantes et pétries d’angélisme qui préfèrent le déni et la dérobade, l’euphémisme et le mensonge à la franchise et à la lucidité, qui optent délibérément pour la vérité habillée, grimée et soigneusement fardée plutôt que pour la vérité nue et crue, celle qui peut faire mal, qui est dure à contempler en face.

Se refuser à affronter la Peste, ce n’est pas seulement se refuser à prendre la mesure des périls que font courir à nos sociétés et notre civilisation européennes, l’ déraisonnable, excessive, et le déferlement migratoire sans retenue à laquelle on assiste aujourd’hui.

Se refuser à affronter la peste, c’est aussi continuer comme des benêts à répéter benoîtement : « L’Europe, c’est la paix : on peut dormir tranquille ! » et ne pas vouloir voir où nous mène cette Europe de la démission et de l’impuissance. C’est refuser de voir que, face à la guerre qui vient, face à la guerre possible (si ce n’est inéluctable), cette Europe-là n’hésitera pas à nous abandonner, entièrement désarmés (physiquement et moralement), et que ce sera sur nos propres forces qu’il nous faudra alors entièrement compter.

Retenir la leçon de Camus, c’est donc oser, courageusement, affronter la peste, c’est oser affronter le fléau, les périls mortels qui aujourd’hui nous menacent. C’est ne pas se contenter de ranger au rayon des cauchemars et des mauvais rêves « qui passent » les prodromes inquiétants, tous les signes avant-coureurs des embrasements qui se préparent, lesquels signes, avec aujourd’hui de plus en plus d’insistance, vont ici et là se multipliant.

7 janvier 2016

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