Alors que personne ne s’y attendait, l’OPEP, Organisation des pays exportateurs de pétrole, a décidé de réduire sa production, laquelle devrait passer de 33,47 millions de barils par jour à un quota quotidien allant 32,5 à 33 millions d’unités. Vu d’ici, c’est-à-dire de loin, la différence peut paraître anecdotique. Ce, d’autant plus qu’en la matière, les effets d’annonce divergent en permanence : un baril de pétrole dont le prix ne cessait d’augmenter et qui, aujourd’hui, ne fait que descendre, des réserves qu’on donnait finissantes, alors que le pétrole de schiste offrait des perspectives des plus prometteuses, voire infinies.

Seulement voilà, l’énergie fossile est un bien précieux et, par nature, limité. Quelques millions d’années pour que pétrole il y ait et dix minutes pour faire le plein à la station-service…

À ce sujet, prière de se rapporter à cette passionnante enquête signée du journaliste d’investigation Éric Laurent, La face cachée du pétrole (Plon), où l’on apprend que depuis presque toujours, les principaux pays exportateurs mentent sur l’état réel de leurs ressources, chacun surestimant ses propres réserves afin de mieux peser sur la scène internationale.

Soit une sorte de fuite en avant. La preuve en est que l’, qui prétendait naguère pouvoir augmenter sa production d’un simple coup de baguette magique, ne le peut plus. Tout simplement parce que ses réserves ne sont pas inépuisables… Et que, sous l’aimable et forte pression des Américains, elle n’a cessé de surproduire, entraînant les prix du brut à la baisse afin d’assécher la rente de ces États donnés pour « voyous » : Iran, et surtout . D’où son récent budgétaire (98 milliards de dollars) l’ayant conduit à drastiquement réduire le salaire de ses  : au-delà de cette si précieuse matière, il n’y a jamais que du sable…

Cette montre aujourd’hui ses limites et la Russie, nation qui n’est pourtant pas membre de l’OPEP, quoique deuxième pays producteur de pétrole au monde, semble avoir piloté la manœuvre en coulisses, ne serait-ce que pour remettre à la fois à niveau le marché mondial et ses finances publiques. La maîtrise du pétrole n’explique certes pas toutes les guerres, mais il est impossible d’expliquer ces dernières, passées ou à venir, sans prendre en compte cette dimension stratégique… puisque énergétique.

Et le même Éric Laurent de rappeler dans l’ouvrage cité plus haut que la Première Guerre mondiale mit l’essence au cœur du dispositif : les navires ne naviguaient plus au charbon et à la vapeur, mais à ce précieux liquide. Quand l’ attaque la Russie, ce n’est pas pour on ne sait quelle « croisade anti-bolchevique », mais seulement pour faire main basse sur le pétrole de Bakou. Depuis, du démantèlement de l’Empire ottoman aux équipées guerrières occidentales en Orient, toujours le même fichu or noir, à l’origine de la majeure part de ces conflits n’en finissant plus d’ensanglanter le monde.

Au siècle dernier, Henry Kissinger affirmait : “Aux , il peut y avoir alternance politique, mais une chose ne changera jamais : la sécurisation de notre approvisionnement énergétique.” Rien ne semble avoir fondamentalement bougé depuis. Sauf ce petit détail : le monde unipolaire, de longue date voulu par Washington, devient de plus en plus multipolaire. Les alliés séculaires se rebiffent – pour avoir été trop longtemps humiliés ? –, les puissances renaissantes relèvent la tête et c’est aussi de telle sorte qu’éternellement se refait le monde.

30 septembre 2016

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