Discours - Editoriaux - Politique - Société - 19 mars 2016

On veut vivre aussi bien que nos parents, et même mieux

La jeunesse – et elle n’est pas la seule – est inquiète et elle a raison. Chômage, emplois précaires, stages mal rémunérés, déqualification, temps partiel : la braise est là, et il suffirait, il suffit de souffler dessus pour l’enflammer. Et les souffleurs ne manquent pas : syndicats d’étudiants consciemment ou inconsciemment aux ordres de leurs pourvoyeurs de subventions, politiciens frondeurs enragés d’être écartés du pouvoir, syndicats professionnels en quête de légitimité, idéologues attardés du marxisme prolétarien, ils ont tous une bonne raison d’espérer un Mai 68 en mars ou en avril et, qui sait, pourquoi pas, en 2017 ?

En attendant, les mots d’ordre et les slogans fusent : « Pierre Gattaz au RSA », « El Khomri en Sibérie, « Sois jeune et tais-toi », « Nous travaillons, ils profitent », « On est des rebelles », « On veut vivre aussi bien que nos parents et même mieux ». Résurgence de Mai 68 ? Non. Les étudiants de Mai 68 étaient porteurs d’un message de changement, de réforme. Ce mouvement n’est hélas, que l’acte pathétique d’une jeunesse hyper-réac parce qu’elle trouille de peur et qu’elle s’accroche à ce qui reste de l’État-providence.

Mais comment en est-on arrivé là ? La raison en est simple : le mensonge. Depuis plus de cinquante ans, les politiciens de tout bord, pour garder leurs baronnies et leurs privilèges, nous mentent et nous, en tous les cas une majorité de citoyens, nous les croyons ou feignons de les croire. Lâcheté, facilité, refus de voir la réalité ? Le résultat est là : la France est à l’agonie financièrement et socialement.

Le pire, c’est que l’on a menti aux jeunes. Après Mai 68, l’université d’excellence qu’était l’université française est devenue une université populaire ouverte à tous. De l’université à l’école maternelle, tout le système éducatif a sombré dans la médiocrité. Comment dire aux jeunes d’aujourd’hui, qui voient leurs grands frères dans la précarité ou la débrouille, que l’école, les études sont la clé de leur avenir ? Les jeunes, c’était l’avenir de la France. Les politiques populistes et électoralistes en ont fait, pour le plus grand nombre d’entre eux, des diplômés mais pas des qualifiés.

En fait, dans tout ce système compliqué et pervers, un grain de sable terrasse les discours déconnectés du réel : sans activité, il n’y a pas d’emplois. L’épaisseur du Code du travail ne suffit pas et ne suffira pas à créer des emplois. C’est en fait tout notre système socio-économique qui est déconnecté du réel et qu’il faut changer de fond en comble.

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