Culture - Editoriaux - 29 septembre 2015

Peut-on encore rêver à des nations multiculturelles ?

Moscou vient d’installer un aéroport militaire à Lattaquié, zone contrôlée par Assad, située au bord de la Méditerranée sur une bande côtière de 140 km de long sur 30 km de profondeur.

Vladimir Poutine y a dépêché 500 militaires qui deviendront sans doute 1.000 au fil du temps. Même si ce déploiement de force est conséquent, il semble assez clair qu’il ne s’agit pas, pour le Kremlin, de reconquérir la Syrie mais de garantir au million et demi de chiites un refuge, voire un territoire durable.

Un statu quo semble d’ailleurs se profiler. Il est intéressant de noter un accord qui s’est noué sous l’égide de l’ONU entre les belligérants. D’une part les insurgés autorisent le transfert des 10.000 chiites de Fou’a et Kefraya ; d’autre part Assad – ou plutôt Moscou – permet le retrait des 500 combattants ennemis bloqués à Zabadani près du Liban.

Qui sait ? Peut-être cette intervention sera l’acte fondateur d’un nouveau découpage géographique où chaque peuple de l’ex-Syrie trouvera sa place. Bien sûr, les alaouites auront perdu Damas, bien sûr les autres populations réclameront un accès à la mer. Mais on sent enfin une issue possible.

Comment ne pas admirer le pragmatisme de Poutine, qui donne au passage une belle leçon de diplomatie à l’Occident empêtré depuis des mois en Syrie.

La Syrie peuplée de chiites, sunnites, druzes, kurdes… ne tenait que sous la férule de dictateurs ou sous la domination de la France, l’Angleterre ou l’Égypte. Son multiculturalisme a-t-il résisté au temps ? Certes non, bien au contraire. Et le Kremlin a trouvé le seul début de solution viable en revenant à une région « alaouite ». Mais après combien de morts…

Après le déchirement entre les hindouistes et les musulmans qui a mené à la création du Pakistan, après l’éclatement de la Yougoslavie dès les cendres de Tito refroidies, après ce qui vient de se passer sous nos yeux en Syrie, peut-on encore rêver à des nations multiculturelles pérennes ? Pour ma part, je ne le crois plus.

Le multiculturalisme mène tôt ou tard à la guerre civile, c’est hélas dans la nature humaine. Prenons-y garde dans les pays européens. Ce n’est pas du racisme, c’est de la sagesse.

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