Au début de la semaine, sept des bornes disposées le long de la Voie sacrée qui servit à acheminer les troupes sur le champ de bataille de Verdun en 1916 ont été vandalisées. Ces bornes surmontées de casques font mémoires du sacrifice des 380.000 poilus tombés à Verdun. Certains se sont alarmés du peu d’émotion suscité par cet acte de profanation au sein de la classe politique et médiatique. Cette absence de réaction était pourtant prévisible, dès lors que les autorités publiques ont elles-mêmes entrepris de profaner la mémoire des héros de 14-18.

Dès son arrivée au pouvoir, en effet, la gauche fut quelque peu gênée aux entournures d’avoir à se coltiner la commémoration d’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de France : quatre années d’unanimité patriotique, quatre années au cours desquelles la nation tout entière s’est sacrifiée pour défendre son territoire et sa culture, quatre années d’héroïsme collectif et individuel quasi surnaturel. Lorsque l’on a depuis quarante ans pour seule ligne politique clairement identifiable de cracher sur la et les Français, la perspective était pénible.

Difficile d’annuler purement et simplement les commémorations ou d’en profiter pour mettre en avant l’amitié franco-allemande ; plus difficile encore d’en profiter pour salir la France. Difficile mais pas impossible : François Hollande a fait une première tentative en ce sens le 17 février dernier en rendant hommage aux 70.000 musulmans morts dans les tranchées, histoire d’opposer les mémoires et les combattants, mais l’opinion publique n’a pas bien compris pourquoi ces morts-là étaient plus honorés que les 1,3 million de Gaulois tombés au champ d’honneur, catholiques et anticléricaux côte à côte.

C’était à désespérer : pas le moindre esclavagiste à jeter en pâture à l’opinion, pas le moindre crime de guerre de la part de l’armée française, pas le moindre collabo à vomir – même Pétain était un héros à cette époque. Et puis, soudain, ce fut l’éclair de génie : on va braquer tous les projecteurs sur les 650 soldats français « fusillés pour l’exemple » ! Des braves types injustement accusés et exécutés par une justice militaire expéditive.

Après un galop d’essai le 11 novembre dernier et une exposition à l’hôtel de ville de Paris en mars, les choses se précisent : des sollicitations sont arrivées dans les casiers des professeurs d’histoire ; un téléfilm est en tournage pour France 3 et Le Monde en fait déjà la promotion ! Enfin on les tient, les salauds d’officiers français qui ont ignominieusement assassinés d’autres Français ; enfin on peut jeter la suspicion sur des millions de soldats morts pour la France – qui sait s’ils n’ont pas fusillé leurs camarades ? Enfin on va pouvoir salir l’armée, cette maudite institution dans laquelle 75 % des Français ont confiance, alors que les médias et les partis politiques n’inspirent respectivement que 20 % et 10 % de nos concitoyens.

Attention, cependant, de ne pas provoquer une overdose de repentance car les Français qui acceptent de se faire cracher dessus par l’élite du pays depuis quarante ans pourraient bien se lever comme en 1914 et exiger que les salisseurs de mémoire soient … fusillés pour l’exemple !

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25 mai 2014

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