Editoriaux - Justice - Politique - Supplément - Table - 20 décembre 2015

On ne peut rien refuser à un multirécidiviste en prison

Les surveillants du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe n’en ont pas cru leurs yeux. Un détenu vient de recevoir à domicile, c’est-à-dire dans sa cellule même, un colis tellement énorme qu’il a dû être acheminé sur les lieux en transpalette !

Et les surveillants ne décolèrent pas. Primo parce que la direction, avec certainement l’assentiment de la direction interrégionale, a jugé bon de faire une entorse au règlement. Deuxio parce que le destinataire du colis se trouve être non seulement un braqueur multirécidiviste mais un spécialiste d’évasions spectaculaires. Tertio je vous le donne en mille… « […] rien n’a été fouillé », s’étrangle Emmanuel Baudin, le secrétaire interrégional de Force ouvrière pénitentiaire. Ou plus précisément, si le colis a été ouvert, les paquets de gâteaux et les sachets de farine – entre autres nourritures – n’ont pas fait l’objet de la moindre inspection. Pour le syndicat, c’est une preuve supplémentaire que l’administration « cède sur tout ». Dans un pays en état d’alerte terroriste maximale, l’octroi d’un tel laissez-passer laisse coi.

Les surveillants de prison avaient pourtant manifesté, en octobre 2015, devant le Palais de Justice pour crier leur souffrance à exercer un métier devenu de plus en plus risqué. « Les détenus ont pris le pouvoir et notre hiérarchie ferme les yeux […]. Elle craint les mutineries, les prises d’otages… alors, on trinque en silence », révèle Élodie, en place depuis seize ans. Même son de cloche désespéré pour R., qui travaille à la prison de Varces (Isère) dans laquelle 17 agressions ont eu lieu au mois de juin. « À Varces, ce sont les caïds musulmans qui font régner l’ordre », explique-t-il. Et tout ce qui y est interdit, comme les téléphones portables, le racket, la drogue, les négociations des brigadiers avec les caïds musulmans est en réalité toléré, donc autorisé. Élodie et R. l’affirment : s’exerce une politique d’achat de paix sociale qui empêche toute velléité de fermeté de la part des autorités concernées. Au vu de l’escalade observée en termes de délinquance, tant en que hors prison – et ne parlons même pas des risques d’attentats -, il y a tout lieu de croire que la situation ne peut que s’envenimer, l’État n’ayant reculé que pour mieux… tout faire sauter ?

Et voilà comment on en arrive – au prétexte qu’il ne faut surtout pas faire « de vagues » – à ce que des responsables d’administration de centre d’incarcération délivrent un laissez-passer pour un colis de cinquante-neuf kilos, non fouillé, au lieu des cinq kilos réglementaires comme le stipule le règlement.

« Les détenus sont rois, les surveillants en permanence humiliés […] », affirme Emmanuel Baudin, qui est très énervé. On le comprend… En attendant, il n’y a plus qu’à espérer que rien de fâcheux ne se cachait dans les paquets ! Au fait, ça existe, des sachets de farine ?

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